Le soir du 30 juillet 2025, un communiqué annonçant la démission du Gouvernement a commencé à circuler dans plusieurs groupes WhatsApp. Le texte indiquait que le Gouvernement est démissionnaire et que les Secrétaires Permanents allaient assurer l’intérim dans tous les ministères à partir du 31 juillet 2025. Face à un climat d’incertitude, Burundi Facts fait le point.
Que dit le communiqué ?
L’image, largement partagée sur WhatsApp et Facebook, porte le titre « COMMUNIQUÉ URGENT ». On y lit notamment : « Le Gouvernement étant démissionnaire […] les Secrétaires Permanents assurent l’intérim dans tous les ministères à dater de ce mercredi 30 juillet 2025. »
Le message se termine par : « Ceci est un Message de la Plus Haute Autorité du pays. Sé SGE. »
Vérifications
- Pas de trace sur les canaux officiels
Ce communiqué est d’abord apparu vers 18 heures du 30 juillet 2025 dans un groupe WhatsApp réunissant journalistes et porte-parole d’institutions publiques. Cependant, ni la Présidence, ni la Primature, ni le Secrétariat Général du de l’Etat (SGE) ne l’ont publié sur leurs canaux officiels.
Les médias reconnus ont réagi timidement : Jimbere l’a relayé trois heures après sa première diffusion, et peu d’autres ont suivi. Jusqu’ici, aucun responsable officiel, y compris ceux du SGE contactés par Burundi Facts, n’a confirmé ni démenti ce message.
- Des incohérences dans la forme
- Signature inhabituelle et floue (« Sé SGE »)
- Aucune mention d’un signataire officiel identifié
- Absence de sceau, d’en-tête administratif ou de référence institutionnelle
- Des incohérences sur le fond juridique
Le communiqué est apparu sans qu’aucune démission officielle du Premier ministre ou d’un membre du Gouvernement n’ait été annoncée. Or, selon l’article 131 de la Constitution de 2018, la démission du Premier ministre entraîne celle de l’ensemble du Gouvernement.
Par ailleurs, l’article 142 indique que les fonctions gouvernementales sont incompatibles avec tout autre mandat public, y compris parlementaire. L’article 160 stipule qu’un député ou sénateur nommé à une fonction publique incompatible cesse immédiatement de siéger.
À noter : l’actuel Premier ministre ainsi que les ministres Imelde Sabushimike et Léocadie Ndacayisaba sont élus sénateurs depuis le 23 juillet 2025. La première séance du Sénat est prévue pour le 4 août.
- Les ministres toujours en activité
Le ministre des Affaires étrangères, Albert Shingiro, a participé à la signature de deux accords de coopération avec le Japon le 31 juillet 2025. Cela laisse penser que le Gouvernement continue à fonctionner dans le cadre des affaires courantes.
Analyse
Face à la situation politique actuelle, un des trois scénarios devrait être envisagé:
- Scénario 1 : Un remaniement partiel – remplacement des ministres devenus parlementaires, avec maintien du Premier ministre. Des intérimaires pourraient être désignés.
- Scénario 2 : Une démission complète du Gouvernement – un nouveau Premier ministre devrait être nommé, avec approbation du Sénat, ce qui n’est pas encore possible puisque celui-ci ne siège pas.
- Scénario 3 : Un Gouvernement provisoire – les ministres non concernés par les élections continuent à gérer les affaires courantes, tandis que les autres sont remplacés par intérim.
Jusqu’à présent, aucun de ces scénarios n’a encore été confirmé publiquement.
Le fait qu’aucune autorité n’ait confirmé ni formellement démenti ce communiqué renforce l’hypothèse qu’il s’agirait d’une fuite non maîtrisée, révélant des désaccords internes sur son contenu ou sa publication.
Verdict
Le communiqué ne peut être considéré comme officiel en l’absence d’éléments constitutifs essentiels (en-tête, signature, source identifiable) et de validation par une autorité.
Sur le plan juridique, la Constitution de 2018 prévoit clairement que le mandat parlementaire est incompatible avec les fonctions gouvernementales (articles 142 et 160). Alors qu’aucune mesure de remplacement ou de démission formelle n’a été prise, le fait de voir certains ministres continuer à exercer pleinement leurs fonctions contredit l’hypothèse d’une démission collective effective.
En l’absence de communication claire des autorités, la situation actuelle laisse place à des interprétations, alimente les spéculations, et fragilise la lisibilité institutionnelle. Une clarification officielle s’impose pour lever toute ambiguïté.
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Photo : Le communiqué annonçant la démission du gouvernement, largement diffusé dans plusieurs groupes WhatsApp. © DR
