Lors d’une conférence publique tenue le 25 février 2026 à l’Université Saint‑Paul d’Ottawa, au Canada, le ministre congolais de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a accusé le Rwanda d’avoir implanté le mouvement rebelle burundais Résistance pour un État de Droit (RED-Tabara) dans les hauts plateaux de l’est de la République démocratique du Congo en 1996.
Ces accusations s’inscrivent dans une ligne déjà défendue par le gouvernement burundais. Mais elles ne résistent pas à l’examen des faits. Comme le rappelle le mouvement lui-même, RED-Tabara n’a été créé qu’au début de l’année 2011, avec pour objectif de combattre le pouvoir du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD).
S’agit-il d’une simple confusion ou d’une affirmation inexacte ?
Une déclaration lors d’une conférence académique
Patrick Muyaya s’exprimait devant une partie de la diaspora congolaise lors d’une conférence publique organisée par le professeur congolais Yvon Muya, en collaboration avec le Centre de recherche sur le conflit de l’Université Saint‑Paul.
La rencontre portait sur le thème : « Trente ans de conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo : dynamiques régionales, enjeux humanitaires et perspectives de paix ».
Répondant à une question d’un participant issu de la communauté Banyamulenge, le ministre congolais a affirmé que cette communauté serait victime d’attaques de RED-Tabara, qui aurait été installé dans les hauts plateaux congolais dès 1996 par le Rwanda.
« Parce que vous parlez d’histoire, il fallait peut-être rappeler aux uns et aux autres que les Banyamulenges, ceux qui sont dans les hauts plateaux, n’ont jamais été, comme communauté, alliés au Rwanda. Au contraire, depuis 1996, un peu plus tôt d’ailleurs, les Rwandais ont amené les RED-Tabara là-bas, qui sont des rebelles qui veulent faire tomber le pouvoir au Burundi, qui vous tuent et vous massacrent. »
Une chronologie incompatible avec les faits
Cette affirmation pose un problème chronologique évident : RED-Tabara n’existait pas en 1996.
C’est ce qu’a rappelé son porte-parole militaire, Patrick Nahimana, dans un communiqué publié le 3 mars 2026 :
« En 1996, RED-Tabara, fondé en 2011, n’existait pas. »
Pour une personnalité du rang de Patrick Muyaya, une telle confusion interroge. Peut-on analyser les dynamiques du conflit dans l’est de la RDC en se trompant sur l’identité et la chronologie des acteurs armés ?
Dans le même communiqué, Patrick Nahimana regrette l’absence d’un « minimum de vérifications factuelles » sur son mouvement, estimant que cette erreur risque de conduire à « des analyses erronées sur la crise congolaise ».
Quels groupes burundais étaient actifs en 1996 ?
À l’époque évoquée par le ministre congolais, les principaux mouvements rebelles burundais actifs dans l’est de la RDC et opposés au pouvoir burundais étaient surtout :
- les Forces de défense de la démocratie (FDD), branche armée du CNDD, devenu aujourd’hui le Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie au pouvoir ;
- le Front national de libération (FNL).
Le mouvement RED-Tabara n’apparaît sur la scène politico-militaire qu’en 2011, soit environ quinze ans plus tard.
Une affirmation qui reprend la ligne du pouvoir burundais
La question reste donc ouverte : s’agit-il d’une erreur ou d’une affirmation délibérément orientée ?
Les propos de Patrick Muyaya reprennent en tout cas une position déjà exprimée à plusieurs reprises par le pouvoir burundais. Depuis plusieurs années, le CNDD‑FDD accuse régulièrement le Rwanda de soutenir militairement RED-Tabara.
En janvier 2026, le président burundais Évariste Ndayishimiye a ainsi affirmé sur la chaîne publique congolaise Radio‑Télévision Nationale Congolaise (RTNC) que RED-Tabara serait un instrument de Kigali destiné à déstabiliser le Burundi.
Des accusations similaires avaient déjà été formulées en 2024 après une attaque attribuée à RED-Tabara à Gihanga, dans l’ancienne province de Bubanza. Le gouvernement burundais avait alors dénoncé le comportement de Kigali, accusé « d’entretenir, d’entraîner et d’armer RED-Tabara ».
Conclusion
Pour une personnalité du rang de ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, qui s’exprimait dans un cadre académique, confondre les dates, les acteurs et les responsabilités n’est jamais anodin. Dans une région aussi sensible que celle des Grands Lacs, la rigueur historique devrait pourtant rester une exigence centrale du débat politique.
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Photo : Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias de la République démocratique du Congo et porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence publique tenue à l’Université Saint‑Paul d’Ottawa, au Canada, le 25 février 2026. © DR
