Pour la nième fois, le porte-parole du gouvernement Jérôme Niyonzima rassure que la pénurie est en passe d’être maitrisée en dépit de la crise au Moyen Orient. Pour lui cette crise n’aura pas d’incidence sur l’approvisionnement des produits pétroliers. Cependant, de nombreux analystes prédisent le pire et encouragent le gouvernement à prendre des mesures d’urgence pour anticiper les effets de la volatilité des cours du pétrole sur l’économie nationale
Alors que le pays traverse une crise des hydrocarbures sans précédent, les autorités relativisent l’ampleur du phénomène. Elles se veulent plutôt rassurant quant aux stratégies mises en place pour réguler le marché pétrolier. La digitalisation des services de distribution du carburant via l’application « Igitoro pass » n’arrive pas assainir le problème de rupture des stocks en carburant chez les pétroliers.
Sur le terrain, la crise des hydrocarbures perdure et paralyse l’activité économique. De longues files s’observent le long de la journée sur les arrêts bus du centre-ville alors que les tickets pour les voyages vers l’intérieur du pays explosent. La plupart des automobilistes s’approvisionnent sur le marché noir à des prix exorbitants. Un bidon de 20 litres d’essence se procure à 260 000 FBu alors que la même quantité est vendue 80 mille au niveau des stations-services.
Remuer le couteau dans la plaie
Les propos du secrétaire général du gouvernement par rapport à cette problématique choquent l’opinion. Il se moque complètement de la population touchée de plein fouet par les conséquences de cette pénurie éternelle. « Par rapport à la rareté des produits pétroliers, les burundais devraient plutôt s’en réjouir, car le fait que le carburant soit problématique dans notre pays, c’est qu’au moins nous avons où le mettre, où l’utiliser », a déclaré Jérôme Niyonzima, secrétaire général et porte-parole du gouvernement lors d’une émission publique animée ce vendredi 27 mars par les porte-paroles des différentes institutions au stade Gatwaro de Kayanza.
D’ailleurs, il évoque des pénuries artificielles encouragées par les spéculations autour du ce produit stratégique. « Si le problème se pose aujourd’hui c’est à cause de la mauvaise foi de certaines personnes qui achètent le carburant pour le revendre sur le marché noir ».
La société civile regrette les propos tenus par le porte-parole du gouvernement. Pacifique Nininahazwe figure emblématique de la société aujourd’hui en exil a été déçu par la réaction de Jérôme Niyonzima jadis reconnu pour son professionnalisme surtout lors des interviews avec le chef de l’Etat sur la même problématique. « Lors, des émissions, il relançait à maintes reprises le président Ndayishimiye sur la disponibilité du carburant. Mais aujourd’hui, il est le premier à présenter des arguments fantaisistes sur une question aussi épineuse qu’est la pénurie du carburant. Si cette attitude perdure cela va décourager les citoyens à exprimer leurs doléances » réagit Nininahazwe sur sa page Facebook.
Les recettes minières, une solution durable ?
Tout de même, le porte-parole du gouvernement affirme le problème de pénurie du carburant est en passe d’être résolu avec l’exportation massive des minerais vers l’Empire du milieu. « Pour le moment, les recettes d’exportation des minerais frôlent les 96 millions de dollars dont une bonne partie (90 millions) est déjà rapatriée à la banque centrale » ajouta Madame Rosine Guilène Gatoni, Porte-parole du président.
Dans l’entretemps, le pays affiche des besoins criant en intrants agricoles et d’autres biens. Il importe de rappeler que la pénurie des devises constitue la principale cause de la pénurie des fertilisants. « Le principal problème reste l’insuffisance des devises. A l’instar du carburant ou de la bière, la production et la distribution des fertilisants dépendent de la disponibilité progressive des devises. FOMI n’est pas donc responsable du manque d’engrais, mais il s’agit d’une contrainte nationale », a justifié Herménégilde Manyange, directeur général adjoint chez FOMI lors d’une conférence de presse
Une économie surexposée aux chocs extérieurs
Les médias internationaux alertent pour un « choc pétrolier » imminent. Les marchés internationaux s’affolent alors les cours du pétrole restent très volatiles avec de nombreuses spéculations autour du carburant. La plupart des pays mettent en place des mesures préventives en cette période de perturbations maritimes majeures.
A la surprise générale, le porte-parole du gouvernement n’est pas du tout inquiété sur ce qui se passe au Moyen. Il minimise les effets de la crise qui ravage le Moyen Orient. Pour lui, la fermeture du détroit d’Ormuz (où transite 20 % du carburant mondial) ne devrait pas inquiéter les consommateurs locaux quant à la disponibilité des produits pétroliers. « Le gouvernement va tout faire pour qu’il y ait du carburant et les usagers vont partager le peu disponible », déclare Jérôme Niyonzima.
Dans le passé, l’économie burundaise est largement exposée aux chocs extérieurs. Durant la pandémie de Covid-19 ou encore la crise russo-ukrainienne, le pays a connu des distorsions sur le marché dues à la perturbation des chaînes d’approvisionnement. Le directeur national de l’Ong locale PARCEM tire la sonnette d’alarme sur l’impact des chocs externes. « La crise du Moyen-Orient doit avoir des répercussions négatives sur les conditions de vie de la population burundaise. Le prix du baril commence à augmenter… », dixit Faustin Ndikumana.
Dans les colonnes du journal Iwacu, l’économiste André Nikwigize explique que la guerre au Moyen-Orient vient empirer la situation. Elle coïncide avec une pire crise économique au Burundi avec des épisodes de pénurie de carburants, des fertilisants, des devises, l’inflation, etc. Il estime que les recettes d’exportation restent relativement faibles avec un taux de couverture de 14% des besoins d’importation. Consécutivement au conflit israélo-iranien, les réserves en devises vont s’épuiser. « La Banque centrale aura des difficultés à approvisionner les importateurs en devises. Ce qui entrainera un déficit de la balance des paiements, une dépréciation additionnelle du franc burundais et une forte inflation », alerte-t-il.
Verdict. La crise au Moyen Orient affecte de façon disproportionnée les pays non producteurs du pétrole, y compris les grandes économies. Contrairement à ce que croit Jérôme Niyonzima, le Burundi n’est du tout à l’abris.
Conclusion
Bien que les autorités affichent une réelle satisfaction par rapport à l’augmentation des recettes des exportations, le pays n’est pas tiré d’affaires. Les réserves officielles atteignent 216 millions de dollars pour financer au moins les importations pendant au moins deux mois. Ce qui veut dire que les besoins en importation dépassent de loin les 100 millions dollars que brandissent les autorités. Bref, les recettes minières ne suffisent pas pour équilibrer la balance commerciale.
L’Olucome dénonce l’inaction du gouvernement face à cette menace. A l’instar des pays Européens et un peu partout dans le monde, le pays devrait constituer des stocks des produits stratégiques notamment les produits pétroliers, suggère Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome.
____________________________________________
Photo : Le Secrétaire général et porte-parole du gouvernement rassure que le gouvernement va tout faire pour assurer la disponibilité du carburant en dépit de la crise qui sévit au Moyen-Orient. © DR
