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    Home » Bourse du Burundi : que reste-t-il des promesses deux ans après sa création ?

    Bourse du Burundi : que reste-t-il des promesses deux ans après sa création ?

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    By BURUNDI FACTS on 10 mars 2026 Economie
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    Créée en Janvier 2024 par la Banque de la République du Burundi et huit banques commerciales, la Bourse du Burundi devait marquer un tournant pour le financement de l’économie nationale. Destinée à pallier les limites des banques commerciales en matière de prêts à long terme, cette nouvelle institution financière promettait de mobiliser l’épargne pour financer des projets d’envergure. Deux ans après sa création officielle et un lancement solennel en Décembre 2025, où en est réellement ce marché des capitaux ? Analyse des avancées, des obstacles persistants et des conditions nécessaires pour que la bourse devienne un véritable levier de croissance pour le Burundi.

    Le 26 Janvier 2024, la Banque de la République du Burundi (BRB), en collaboration avec huit (08) banques commerciales, créait la « Société Bourse du Burundi ». L’objectif affiché par le Gouverneur de la BRB, Edouard Normand Bigendako, était clair : mettre en place un marché des valeurs mobilières pour financer des projets de grande envergure et pallier aux défis des banques commerciales, souvent limitées au financement de court terme.

    Cette initiative s’inscrivait également dans une dynamique régionale. Depuis l’adhésion du Burundi à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) en 2007, les États membres sont encouragés à développer leurs propres marchés de capitaux afin de faciliter l’intégration financière régionale et la circulation des capitaux.

    Après deux (02) années de maturation, ponctuées par l’obtention de l’agrément de l’Autorité de Régulation du Marché des Capitaux (ARMC) en Février 2025 et un lancement officiel des activités par le Chef de l’État en Décembre 2025, le projet entre dans sa phase opérationnelle. Mais ce passage de la théorie à la pratique révèle des avancées notables, mais aussi des défis structurels majeurs.

    Comprendre le rôle d’une bourse dans une économie

    Une bourse est avant tout un lieu de rencontre entre ceux qui ont besoin de financement et ceux qui disposent de capitaux à investir. D’un côté, on trouve des entreprises ou des institutions publiques qui cherchent des ressources pour financer leurs projets. De l’autre, des investisseurs – particuliers, banques, compagnies d’assurance, fonds de pension ou diaspora – qui souhaitent faire fructifier leur épargne.

    Le fonctionnement du marché boursier repose principalement sur deux instruments financiers.

    Le premier est l’action. En achetant une action, un investisseur devient copropriétaire d’une entreprise et peut percevoir une partie des bénéfices sous forme de dividendes. Ce type d’investissement comporte cependant un risque, car en cas de faillite de l’entreprise, les actionnaires sont les derniers à être remboursés.

    Le second instrument est l’obligation. Dans ce cas, l’investisseur prête de l’argent à une entreprise ou à l’État et reçoit des intérêts à des échéances déterminées. Ce type d’investissement est généralement considéré comme moins risqué, car les détenteurs d’obligations sont prioritaires lors du remboursement.

    Dans la théorie économique, le fonctionnement efficace d’un marché financier repose sur plusieurs conditions : (i) la transparence de l’information, (ii) la rationalité des investisseurs et (iii) des coûts de transaction relativement faibles. Ces éléments sont essentiels pour instaurer la confiance nécessaire au développement d’un marché des capitaux.

    Une mise en place progressive de l’écosystème

    La première étape a été de construire l’infrastructure institutionnelle et humaine. Après la création juridique de la société en 2024, les efforts se sont concentrés sur l’opérationnalisation : recrutement de la direction générale et du personnel, recherche de locaux et élaboration des procédures. Comme l’expliquait Pierre Damien Mpawenimana, chargé des opérations à la Bourse, l’enjeu était de créer un écosystème complet. La bourse elle-même n’est qu’une plateforme ; son fonctionnement dépend de l’agrément et de l’activité d’intermédiaires (courtiers, banques d’investissement) qui viendront négocier les titres.

    Sur ce point, des progrès ont été réalisés. Début 2025, plusieurs dossiers de demande d’agrément pour ces intermédiaires étaient en cours d’analyse par l’ARMC. La structure se met donc en place, suivant un processus jugé normal par ses promoteurs, mais qui nécessite du temps pour un secteur totalement nouveau au Burundi.

    A noter également qu’un cadre juridique du marché des capitaux a été posé par plusieurs textes, notamment la loi régissant le marché des capitaux promulguée en 2019 et celle portant création de l’ARMC en 2020.

    Des interrogations sur la viabilité économique du projet

    Malgré ces avancées organisationnelles, la Bourse du Burundi peine à convaincre dès sa naissance. Dès 2024, des économistes comme André Nikwigize pointaient cinq (05) obstacles majeurs : (i) un environnement des affaires peu favorable, (ii) un risque de surendettement de l’État, (ii) une dépréciation chronique de la monnaie, (iv) une faible capacité de communication financière des entreprises et (v) une inflation élevée.

    Un an après le début du processus, ces critiques se sont renforcées. Faustin Ndikumana, du PARCEM, évoquait des résultats « mitigés ». Il soulignait que la valeur des actions dépendait intrinsèquement de la santé économique et de la stabilité politique du pays. Or, l’environnement macroéconomique burundais reste préoccupant. L’inflation, qui a dépassé les 20% en 2023, érodait la valeur des investissements de long terme. Le crédit au secteur privé était en baisse (18,5% du PIB en 2023 contre 20,1% en 2020) tandis que les Investissements Directs Étrangers (IDE) restaient marginaux. Dans ce contexte, des fleurons nationaux comme la BRARUDI, pourtant citée comme une entreprise idéale pour une introduction en bourse, ont vu leur santé financière affectée par ce même environnement, ce qui décourage l’investissement.

    Gabriel Rufyiri, de l’OLUCOME, ajoutait que la réussite d’un tel projet nécessitait des « préalables » qui n’ont pas été suffisamment pris en compte : (i) instabilité administrative et politique, (ii) immixtion dans la gestion et (iii) corruption. Pour lui, le risque est que la bourse subisse le même sort que d’autres réformes mal engagées.

    La question centrale de la confiance

    Le fonctionnement d’un marché boursier repose sur un pilier fondamental : la confiance. Cette confiance repose sur plusieurs facteurs : la transparence financière, la qualité de la gouvernance d’entreprise, la solidité du cadre réglementaire et la stabilité économique. C’est le principal défi culturel et structurel auquel la Bourse du Burundi est confrontée.

    Or, dans un pays où une grande partie de l’économie reste informelle et où de nombreuses entreprises sont à caractère familial, l’introduction en bourse implique un changement profond de culture managériale. Les entreprises doivent accepter des exigences de transparence plus strictes, notamment la publication régulière d’états financiers audités.

    Par ailleurs, la confiance des investisseurs étrangers dépendra également de la perception du risque politique et économique du pays.

    Les conditions d’un décollage réussi

    Pour que la Bourse du Burundi ne reste pas une coquille vide, les experts s’accordent sur une feuille de route exigeante, qui dépasse le simple cadre de l’institution financière. Les recommandations se déclinent en plusieurs axes :

    • La stabilisation macroéconomique : Il est impératif de maîtriser l’inflation et de stabiliser la monnaie nationale. Sans un environnement économique sain, aucun investisseur rationnel, national ou étranger, ne prendra le risque de placer ses capitaux à long terme.
    • Le renforcement institutionnel et juridique : La confiance des investisseurs passe par un cadre réglementaire solide et appliqué. Cela implique de renforcer les capacités de l’ARMC, de mettre en place une centrale des bilans pour disposer de données financières fiables et de spécialiser les juridictions commerciales pour garantir le respect des droits, notamment ceux des actionnaires minoritaires.
    • L’amélioration de la gouvernance d’entreprise : C’est le chantier le plus profond. Il faut inciter, voire obliger progressivement, les entreprises à adopter des normes de transparence (publication d’états financiers audités) et de bonne gouvernance (conseils d’administration indépendants et compétents).
    • L’éducation financière et la sensibilisation : Il est crucial de démystifier la bourse. Celle-ci n’est pas réservée aux riches, comme le rappelle le Directeur général de la Bourse du Burundi, Robert Mathu ; les petits épargnants, les étudiants, la diaspora ont leur place. Des campagnes de formation et de communication sont nécessaires pour créer une « culture boursière » et expliquer les mécanismes d’investissement.

    Conclusion

    La création de la Bourse du Burundi est une ambition louable et nécessaire pour le développement économique du pays. Elle répond à un besoin réel de financement long terme que le système bancaire traditionnel ne peut satisfaire seul. Après deux ans de gestation, l’infrastructure est juridiquement en place et commence son opérationnalisation.

    Cependant, l’analyse de son parcours initial révèle un paradoxe fondamental : la bourse est un instrument de financement du développement, mais elle ne peut fonctionner que dans un environnement déjà développé sur les plans macroéconomique, juridique et de la gouvernance. Les défis du Burundi en la matière sont encore trop prégnants pour garantir un décollage rapide et fluide de son marché financier.

    Loin d’être « mort-né », le projet est aujourd’hui à un carrefour critique. Sa réussite ne dépendra pas tant de sa propre gestion interne que de la volonté politique de créer un « choc de confiance » en s’attaquant aux réformes structurelles de fond. Si la sonnerie de la cloche en Décembre 2025 était un symbole fort, c’est désormais dans la salle des machines de l’économie réelle – la lutte contre l’inflation, la consolidation de l’État de droit et la professionnalisation du secteur privé – que se jouera l’avenir de la Bourse du Burundi. Sans ces préalables, elle risque de rester une belle mécanique sans carburant, incapable de transformer l’épargne nationale en moteur de croissance.

    ____________________________________________

    Photo : Le siège de la Banque de la République du Burundi (BRB), institution à l’origine de la création de la Bourse du Burundi en 2024. © DR

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