Depuis le 5 mars 2026, une rumeur troublante a commencé à circuler à Bujumbura, précisément à l’Université Espoir d’Afrique. Selon ces informations relayées par des messages et des vidéos sur les réseaux sociaux, certaines personnes seraient capables de faire disparaître ou rétrécir le sexe masculin par simple contact physique. Cette rumeur a rapidement créé une atmosphère de panique dans plusieurs quartiers, notamment à Buyenzi et Kinama.
Dès le lendemain, le 6 mars, les tensions ont dégénéré sur la 12ᵉ avenue de Buyenzi. Des habitants affirment avoir été témoins de comportements suspects, accusant certains hommes d’utiliser des pratiques mystiques pour voler des organes génitaux ou des seins. Selon la radio Bonesha FM, la population a failli recourir à la vindicte populaire contre les personnes soupçonnées.
Le vice-recteur de l’Université Espoir d’Afrique, Édouard Niyongabo, a rapidement publié un communiqué pour démentir ces rumeurs. « Ces informations sont des rumeurs sans fondement », précise-t-il. Il ajoute que l’université, fondée sur des valeurs chrétiennes, ne tolère pas ces croyances et que les étudiants qui diffuseraient de telles informations pourraient être sanctionnés.
L’intervention des autorités locales
Face à l’escalade, les forces de sécurité sont intervenues pour calmer la population. Selon les rapports du quartier, 11 personnes ont été arrêtées pour propagation de rumeurs sur le prétendu « vol de sexe ».
Le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique et du Développement communautaire a publié un communiqué sur son compte X, affirmant : « Aucune personne n’a perdu son organe génital ni ses seins, et aucun organe ne peut disparaître ou diminuer simplement parce qu’une personne a été touchée par quelqu’un d’autre au Burundi. »
Le porte-parole du ministère de la Sécurité, Lt-Col Pierre Nkurikiye, souligne que les enquêtes sont en cours et que des conclusions seront communiquées « au moment opportun ». Le porte-parole de la Police Nationale, Col. Nduwimana Désiré, ajoute que la police confirme qu’il ne s’agit que de rumeurs, tout en rappelant l’importance de ne pas céder à la panique collective.
Un phénomène déjà observé ailleurs…
Selon des recherches historiques et socio-anthropologiques, ce type de panique n’est pas nouveau. Des phénomènes similaires ont été signalés : 1975 au Nigeria, années 1990 en Afrique de l’Est, jusqu’en 2020 en République centrafricaine, où les rumeurs se sont amplifiées via les réseaux sociaux.
Le socio-anthropologue français Julien Bonhomme précise : « Des spéculations pécuniaires ont toujours accompagné la propagation de cette rumeur », soulignant que la peur collective peut être exploitée par certains à des fins économiques ou sociales.
La perspective psychologique : le Koro
Pour expliquer le phénomène, le psychanalyste Jean Charles Bettan évoque le Koro, une pathologie mentale connue en Chine et en Malaisie.
Le Koro est caractérisé par la conviction que le pénis se rétracte dans l’abdomen, accompagnée d’une angoisse intense et de la peur de mourir.
Cette affection se manifeste par vagues, parfois à l’échelle d’une population, et est intimement liée à la culture.
Dans certaines communautés, des mères suspendent poids ou pièces au prépuce de leurs enfants pour éviter ce phénomène, pratique qui illustre la dimension culturelle et prophylactique du Koro.
Jean Charles Bettan précise : « Le Koro nous apprend trois choses : il faut tenir compte de la culture locale, éviter d’importer des pratiques étrangères sans contexte, mais certains concepts, comme l’angoisse de castration, sont universels. »
Cette explication permet de comprendre que le phénomène observé à Bujumbura relève d’une panique collective et d’une anxiété sociale, et non d’un vol réel d’organes génitaux.
En bref : non, il n’y a pas eu de vol d’organes
La combinaison des démentis officiels, des interventions policières, des témoignages historiques et des explications psychologiques permet de conclure :
Aucun cas médicalement confirmé de vol ou disparition d’organe n’a été établi ;
La panique observée à Bujumbura s’inscrit dans une dynamique de rumeur et d’angoisse collective, amplifiée par les réseaux sociaux ;
Les autorités locales appellent la population à ne pas céder à la peur ni à la justice populaire, et à s’en tenir aux faits vérifiés.
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Photo : Des étudiants de l’Université Espoir d’Afrique à Bujumbura, où une rumeur de prétendu « vol de sexe » a récemment circulé sur les réseaux sociaux, provoquant panique et tensions dans certains quartiers de la capitale économique. © DR
