Deux responsables politiques burundais proposent des réponses divergentes à la pénurie chronique de carburant : le président de la République mise sur l’exportation minière, tandis que le secrétaire général du CNDD-FDD parie sur l’avocat à l’horizon 2029. Mais ces options peuvent-elles, à elles seules, garantir les devises nécessaires à l’approvisionnement du pays en carburant ?
Face aux pénuries récurrentes de carburant, les autorités burundaises peinent à présenter une solution consensuelle. Lors d’une émission publique tenue au stade Royal de Muramvya, en province de Gitega, le 26 décembre 2025, le président Évariste Ndayishimiye a affirmé que l’exportation des minerais constitue la seule option réaliste pour obtenir rapidement les devises indispensables à l’importation du carburant.
Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse tenue le 3 janvier 2026, le secrétaire général du parti au pouvoir, Révérien Ndikuriyo, a avancé une autre piste : selon lui, l’exportation de l’avocat à partir de 2029 permettrait de résoudre durablement la crise du carburant.
Ces deux déclarations, bien que reposant sur des secteurs économiques distincts, renvoient à une même question centrale : quelle stratégie est réellement capable de générer suffisamment de devises pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du Burundi ?
Pourquoi le carburant manque-t-il au Burundi ?
Le Burundi importe la totalité de son carburant. Son approvisionnement dépend donc directement de la disponibilité des devises étrangères, principalement le dollar américain. Or, le pays est confronté à un déficit structurel de devises, aggravé par une faible diversification des exportations, la baisse continue des recettes issues du café et du thé et une balance commerciale fortement déficitaire.
Dans ce contexte économique marqué par une dépendance élevée aux importations et une capacité limitée à générer des revenus extérieurs, toute solution durable à la crise du carburant suppose une augmentation significative et soutenue des exportations.
« Les minerais sont la seule option » : que disent les faits ?
Pour le président Évariste Ndayishimiye, l’exploitation et l’exportation des minerais — notamment l’or, le nickel, le coltan et les terres rares — représentent la seule solution crédible à court terme pour renflouer les réserves en devises.
Il est exact que le Burundi dispose de ressources minières importantes, encore largement sous-exploitées, et que le secteur minier peut générer des devises plus rapidement que les filières agricoles traditionnelles. Dans plusieurs pays africains, l’exportation minière a effectivement contribué à renforcer les réserves de change.
Cependant, cette option comporte des limites majeures. Le secteur minier burundais demeure largement informel, avec des pertes significatives liées à la fraude et à la contrebande. Les capacités de transformation locale sont quasi inexistantes, réduisant fortement la valeur ajoutée. Enfin, une dépendance excessive aux minerais expose le pays aux fluctuations des prix internationaux et aux risques bien documentés de la « malédiction des ressources ».
En d’autres termes, les minerais peuvent contribuer à court terme à l’apport de devises, mais les présenter comme l’unique solution relève d’une simplification excessive.
« L’avocat en 2029 résoudra la crise » : une promesse réaliste ?
De son côté, Révérien Ndikuriyo affirme que le développement de la filière avocat, avec des exportations prévues à partir de 2029, permettrait d’assurer durablement l’accès aux devises et, par conséquent, au carburant.
La demande mondiale en avocats est effectivement en forte croissance, et le Burundi bénéficie de conditions agroclimatiques favorables. De plus, l’agriculture concerne plus de 80 % de la population, ce qui confère à cette option un caractère socialement inclusif.
Toutefois, plusieurs obstacles rendent cette projection fragile. L’échéance de 2029 est lointaine alors que la crise du carburant est immédiate. Le pays ne dispose pas encore des infrastructures indispensables à l’exportation à grande échelle, notamment d’une chaîne du froid fonctionnelle, de normes phytosanitaires reconnues et d’une logistique d’exportation fiable. À court et moyen terme, les volumes exportables resteraient insuffisants pour couvrir les besoins nationaux en devises.
Ainsi, l’avocat peut constituer une piste de long terme, mais il ne saurait, à lui seul, résoudre la crise actuelle du carburant.
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Une opposition trompeuse
Derrière ces deux propositions se cache une réalité commune : le manque chronique de devises étrangères. Les minerais offrent une réponse potentiellement rapide, mais risquée en l’absence de réformes structurelles et de mécanismes de gouvernance solides. L’agriculture d’exportation, quant à elle, constitue une solution plus durable et inclusive, mais lente à produire des résultats tangibles.
Opposer ces deux options revient donc à poser une fausse alternative. Pour l’économiste Faustin Ndikumana, le Burundi gagnerait plutôt à adopter une stratégie mixte, combinant une exploitation minière encadrée à court terme et le développement progressif de filières agricoles exportatrices à moyen et long terme.
Conclusion
Ni les minerais seuls, ni l’avocat seul ne peuvent garantir durablement l’approvisionnement en carburant du Burundi. La crise actuelle met surtout en lumière l’absence d’une stratégie cohérente, diversifiée et réaliste de génération de devises. Sans une combinaison réfléchie de solutions à court, moyen et long terme, les déclarations politiques risquent de rester des annonces sans effet concret sur le quotidien des Burundais.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye en visite dans un champ d’avocatiers. Les autorités divergent sur les solutions censées répondre à la pénurie chronique de carburant au Burundi. © DR
