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    Home » Le mythe du sabotage face aux réalités économiques : le CNDD-FDD face à son bilan

    Le mythe du sabotage face aux réalités économiques : le CNDD-FDD face à son bilan

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    By BURUNDI FACTS on 31 janvier 2026 politique
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    Depuis des années, les autorités burundaises ont habitué l’opinion à un discours d’autosatisfaction, décrivant le Burundi comme un pays en marche, voire comme un paradis en devenir. Une narration largement déconnectée des réalités vécues par une population confrontée aux pénuries, aux privations et à une misère persistante.

    Le 14 janvier dernier, lors de la présentation de l’ouvrage Une Nation en marche : 60 ans de pièges déjoués, Ndayishimiye et le nouveau chapitre du Burundi, les personnalités présentes dressaient une nouvelle fois le portrait d’un pays résolument engagé sur la voie d’un avenir radieux à l’horizon 2040.

    Ce récit officiel a pourtant été sérieusement écorné par les propos récents du secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo. En établissant une comparaison directe entre les réalisations du président Jean-Baptiste Bagaza et les manquements observés sous la gouvernance actuelle, il a laissé transparaître ce qui s’apparente à un aveu d’échec. Un aveu rapidement tempéré, comme souvent, par l’argument du sabotage, présenté comme la cause des dysfonctionnements.

    Un aveu d’échec assumé ?

    Lors d’un enseignement consacré au leadership et à la gouvernance, au deuxième jour de la croisade de prières du CNDD-FDD organisée à Gitega du 22 au 24 janvier 2026, Révérien Ndikuriyo a longuement vanté les réalisations du président Jean-Baptiste Bagaza durant ses onze années au pouvoir. En parallèle, il n’a pas hésité à pointer les insuffisances de son propre parti.

    Un constat qui, venant du secrétaire général du parti au pouvoir, s’apparente à un aveu d’échec, tant pour le CNDD-FDD que pour le gouvernement issu de ses rangs.

    Révérien Ndikuriyo a notamment rappelé qu’à l’époque de Bagaza, le café appartenait à l’État et permettait de rémunérer correctement les agriculteurs, avec des billets flambant neufs. Aujourd’hui, s’est-il interrogé, comment expliquer qu’un citoyen puisse vendre son café sans être payé dans les délais ?

    « En début d’année scolaire, il vend tout ce qu’il a à vil prix pour envoyer ses enfants à l’école, alors qu’il a déjà vendu son café. Nous voulons qu’il se révolte contre le président. C’est nous qui faisons cela. Ce sont les autorités qui sont ici », a-t-il reconnu.

    Le secrétaire général du CNDD-FDD a également dénoncé une situation qu’il qualifie de paradoxale. Alors que le gouvernement interdit aux agriculteurs de vendre leur maïs aux commerçants privés, l’Agence nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (ANAGESA), censée acheter cette production, ne procède pas aux achats, laissant les producteurs dans une impasse.

    Selon Révérien Ndikuriyo, ces dysfonctionnements ne seraient pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un sabotage orchestré par des individus cherchant à susciter le mécontentement populaire et à provoquer une révolte contre le parti au pouvoir.

    « Si on fait de l’introspection, n’est-ce pas là du sabotage ? Nous voulons que le citoyen soit fâché et se révolte contre le CNDD-FDD », a-t-il martelé.

    Pourtant, depuis sa création, l’ANAGESA fait l’objet de critiques récurrentes. De nombreux analystes estiment qu’elle a transformé l’État en principal commerçant de maïs, en contradiction avec sa mission initiale. Certains y voient un simple trompe-l’œil servant à siphonner les fonds publics.

    Le sabotage, un alibi qui s’essouffle

    « Il y a des gens qui veulent saboter le chef de l’État, il y a des gens qui veulent saboter le parti », a répété à plusieurs reprises Révérien Ndikuriyo.

    Ce discours n’a rien de nouveau. Les dirigeants du CNDD-FDD, y compris le président Évariste Ndayishimiye, y ont fréquemment recours pour expliquer les pénuries de carburant, les dysfonctionnements de la justice ou l’inefficacité de certains services publics.

    Mais à force de répétition, cet argument convainc de moins en moins. La population attend désormais des actes concrets. Sabotage ou non, le CNDD-FDD demeure pleinement responsable de la gouvernance du pays. Après vingt ans au pouvoir, le parti ne peut plus se retrancher derrière cet alibi pour justifier ses échecs.

    Le CNDD-FDD reste comptable devant le peuple qui l’a élu, lequel est en droit d’exiger des services publics efficaces. Tant qu’il dirige le pays, il lui incombe d’identifier et d’écarter ceux qui entravent le développement national.

    Deux époques, deux styles de gouvernance

    La reconnaissance, par le CNDD-FDD, des performances du président Jean-Baptiste Bagaza constitue en soi un fait notable. Habituellement, le parti au pouvoir valorise exclusivement son propre bilan, reléguant les régimes précédents au second plan.

    Toutefois, s’il ambitionne d’égaler les résultats économiques de l’ère Bagaza, le CNDD-FDD devra non seulement redoubler d’efforts, mais surtout s’inspirer concrètement des méthodes de gouvernance mises en œuvre à cette époque. Or, les contextes diffèrent, tout comme les approches.

    Jean-Baptiste Bagaza avait instauré une lutte rigoureuse contre la corruption. La gestion de la chose publique était empreinte de rigueur, et chacun répondait de ses actes, y compris au plus haut niveau. Une discipline qui fait défaut aujourd’hui.

    Le scandale du barrage de Mpanda en est une illustration frappante : un manque à gagner de 54 milliards de francs burundais dans le trésor public, sans qu’aucune responsabilité n’ait été établie à ce jour.

    Le président Évariste Ndayishimiye dénonce régulièrement les détournements, allant parfois jusqu’à appeler les auteurs à restituer les fonds volés. Mais ces déclarations restent, dans la majorité des cas, sans suites judiciaires, ce qui en limite fortement l’effet dissuasif.

    La question des compétences

    Sous Jean-Baptiste Bagaza, la compétence technique primait sur toute autre considération, qu’elle soit politique ou ethnique. Il n’hésitait pas à faire appel à des expertises étrangères lorsque nécessaire.

    Aujourd’hui, l’appartenance au CNDD-FDD semble souvent prévaloir sur la compétence. À titre d’illustration, de nombreux financements extérieurs sont annulés, faute de priorisation des projets et, surtout, en raison de l’incapacité des responsables chargés de leur mise en œuvre.

    Selon le journal Iwacu du 23 octobre 2025, citant le ministre des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana, sur près de deux milliards de dollars américains alloués par la Banque mondiale, seuls 21,4 % ont été effectivement décaissés. Plus de 1,6 milliard de dollars sont ainsi restés inutilisés. Des situations similaires sont observées pour les financements de la Banque africaine de développement (BAD) et du Fonds international de développement agricole (FIDA).

    Le CNDD-FDD ne manque pourtant pas de ressources humaines. Mais les plus compétents ne sont pas toujours les plus militants.

    Une question en suspens

    Au-delà de ce supposé sabotage, une question demeure : pourquoi le secrétaire général du CNDD-FDD choisit-il aujourd’hui de s’apitoyer publiquement sur la misère des citoyens et de dénoncer des manœuvres de sabotage ?

    En exposant les faibles performances du gouvernement, il ne disculpe en rien le parti au pouvoir. Si cette sortie traduit une volonté réelle de changement, alors le CNDD-FDD devra passer des paroles aux actes. Car après vingt ans aux commandes de l’État, le parti est encore loin d’avoir égalé, en deux décennies, les réalisations accomplies par Jean-Baptiste Bagaza en seulement onze ans.

    ____________________________________________

    Photo : Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD, qui  a comparé les réalisations de Jean-Baptiste Bagaza aux manquements actuels du pouvoir.

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