Le 7 octobre 2025, le président Évariste Ndayishimiye a personnellement supervisé le chargement de camions transportant des minerais destinés à l’exportation. À cette occasion, il a réaffirmé que « les richesses du sous-sol appartiennent à l’État, mais elles doivent profiter à chaque citoyen ». Cependant, plusieurs économistes et représentants de la société civile remettent en cause l’impact réel de cette initiative, jugeant l’opération plus symbolique qu’efficace dans un contexte de gouvernance encore fragile.
Selon les autorités, 260 tonnes de minerais — dont 156 tonnes d’améthyste et 104 tonnes de quartz vert — ont été exportées. Ces minerais proviennent notamment d’un programme d’extraction associé au Projet d’Autonomisation Économique des Jeunes (PAEEJ).
Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de « bannir la fraude et la corruption » dans ce secteur stratégique.
Des critiques qui pointent un décalage entre discours et réalité
André Nikwigize, économiste, souligne l’opacité entourant les exportations :
« Depuis 2022, aucun montant n’est indiqué comme exportations de minerais. Cela veut dire que la sortie des minerais passe par des voies non officielles. Il y a un vol organisé des ressources publiques. »
Il rappelle aussi les limites structurelles du pays :
« L’exploitation minière industrielle requiert d’importantes quantités d’électricité. Le Burundi fait face à un déficit… On se demande comment il sera possible d’exploiter des minerais sans énergie suffisante. »
Faustin Ndikumana, directeur de PARCEM, estime pour sa part que le volume exporté reste dérisoire :
« 260 tonnes d’améthyste et de quartz vert, c’est insignifiant au regard du potentiel national. »
Selon lui, l’initiative ne peut produire de transformation majeure :
« Ce n’est pas cette quantité qui va créer des miracles. Il s’agit d’une exploitation artisanale qui, bien souvent, ne respecte ni la loi ni les normes environnementales. »
Il s’interroge en outre sur l’implication directe du chef de l’État :
« Pourquoi superviser la vente comme s’il n’existait pas de responsables techniques pour le faire ? C’est un spectacle ; ce qui compte, ce sont les devises qui doivent entrer dans le pays. »
Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, insiste sur l’opacité financière :
« Le Burundi exporte d’importantes quantités de matières premières, mais les revenus générés restent inconnus. »
Il évoque également « des irrégularités » dans certains contrats miniers, dont des licences octroyées sans appel d’offres.
Des indicateurs qui fragilisent la promesse minière
-
Le secteur minier ne représente qu’environ 26 milliards de BIF, soit 0,7 % du budget de l’État pour 2024-2025.
-
Le Parlement a constaté que seuls 6,3 milliards de BIF de recettes minières ont effectivement été versés au Trésor, soit environ 24 % des prévisions.
-
L’exploitation reste majoritairement artisanale, avec des retombées limitées sur l’emploi et des expropriations contestées.
-
Les infrastructures essentielles — électricité, routes, unités de transformation — demeurent insuffisantes pour soutenir une exploitation industrielle.
Analyse : symbole fort, impact limité
L’apparition du président lors du départ des camions se veut une démonstration de volonté politique.
Mais pour de nombreux experts, l’absence de transparence, la faiblesse des infrastructures, le manque de transformation locale et des recettes mal documentées nourrissent l’idée d’une opération davantage communicationnelle que structurante.
Tant que les mécanismes de gouvernance, de suivi des exportations, de transformation et de redistribution ne seront pas consolidés, le « miracle minier » restera hypothétique.
Conclusion
La promesse d’un secteur minier générateur de richesses, d’infrastructures et d’emplois demeure largement à concrétiser.
Si le président Ndayishimiye plaide pour une gestion plus transparente et inclusive, les données actuelles, les analyses économiques et les résultats budgétaires montrent que le chemin reste long.
Comme le résume André Nikwigize :
« Avant de parler de vision à long terme, le gouvernement devrait engager des réformes. Sinon, ces promesses non tenues seront vues comme des médicaments “placebo” qui ne guériront pas la pauvreté et la faim. »
_______________________________________________
Photo : Le président Évariste Ndayishimiye supervise personnellement le chargement de camions de minerais destinés à l’exportation — une mise en scène présentée comme symbole de transparence dans le secteur minier. © Présidence du Burundi
