Alors que le Burundi ambitionne de se transformer en une économie émergente à l’horizon 2060, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) rappelle que la réussite de cette vision dépend de réformes budgétaires, institutionnelles et sociales profondes.
Le président de l’OLUCOME, Gabriel Rufyiri, a récemment souligné que la Vision 2040-2060 du Burundi ne pourra être concrétisée que si trois conditions majeures sont réunies : une discipline budgétaire renforcée, un changement des habitudes de travail et une lutte réelle contre la corruption.
Une vision ambitieuse mais exigeante
Adoptée comme feuille de route nationale, la Vision 2040-2060 définit 22 objectifs de développement, regroupés en neuf indicateurs et cinq piliers stratégiques. Ils concernent notamment l’éducation, la santé, le logement, l’accès à l’eau et à l’assainissement, ainsi que la promotion d’un travail décent. Cette ambition repose sur la mobilisation conjointe de l’État, du secteur privé, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
Les constats chiffrés de l’OLUCOME
Les mises en garde de Gabriel Rufyiri s’appuient sur des données officielles et des observations vérifiables :
- Un déficit budgétaire préoccupant
-
- La loi des finances 2024-2025 prévoit environ 5 300 milliards FBu de dépenses contre 4 700 milliards de recettes.
- Les dépenses d’investissement dépendent à près de 40 % de financements extérieurs (environ 2 000 milliards FBu), une fragilité pour l’autonomie économique.
- Les recettes internes couvrent principalement les charges courantes, laissant peu de marges pour des investissements structurants.
-
Des habitudes de travail freinant la productivité
-
La fermeture précoce de certains marchés dès 17h et le départ anticipé de certains agents administratifs dès 15h réduisent la compétitivité et la production nationale.
-
Le FMI et l’ISTEEBU ont déjà recommandé un allongement des horaires pour améliorer la productivité.
-
-
Une lutte anticorruption inachevée
-
Bien que la création d’une agence nationale anticorruption ait été annoncée, la stratégie nationale tarde à être adoptée en raison de résistances internes.
-
L’exemple de certaines réformes ciblées, comme celles engagées au palais présidentiel, montre qu’un changement est possible, mais encore trop limité.
-
Des réformes incontournables
Selon l’OLUCOME, les ambitions de la Vision 2040-2060 ne pourront se traduire en résultats concrets qu’à travers :
-
Une mobilisation accrue des recettes fiscales pour réduire le déficit budgétaire.
-
Un allongement des horaires de travail dans les secteurs public et privé.
-
Une application ferme et systématique des mesures anticorruption dans toutes les institutions.
À défaut, cette vision risque de demeurer un document de référence sans véritable impact sur le développement du pays.
________________________________________________
Photo : Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, qui a averti : la Vision 2040-2060 du Burundi ne deviendra réalité qu’avec des réformes budgétaires, sociales et anticorruption. © DR
