Une récente déclaration du directeur général de Burundi Mining Export sur l’augmentation spectaculaire de la production de coltan et de cassitérite à Kabarore suscite le scepticisme. Selon lui, la production serait passée de 400 kg à 20 tonnes par mois grâce à l’amélioration des pratiques et à l’utilisation de machines modernes. Cependant, cette affirmation est contestée par des experts en géologie.
Des spécialistes du secteur estiment qu’une telle augmentation est improbable sans des études et des travaux préparatoires en amont. Ils rappellent que les minerais exploités artisanalement, notamment à Kayanza et Kirundo, sont filoniens et nécessitent des recherches approfondies pour estimer les réserves exploitables. « Ces minéralisations sont souvent sous forme de particules très fines, et l’extraction n’en récupère généralement qu’environ 30 %, le reste étant perdu », expliquent-ils.
En dehors des recherches menées par la société MINETAIN, dont les résultats sont archivés au musée royal de l’Afrique Centrale à Tervuren (Belgique), aucune étude récente n’a été réalisée pour évaluer avec précision les potentialités du sous-sol burundais.
Une fraude dénoncée par le président Ndayishimiye
Le président burundais Évariste Ndayishimiye a également mis en doute ces chiffres, mais pour une autre raison. Lors d’une retraite organisée par l’Inspection Générale de l’État en février 2025, il a dénoncé les fraudes qui gangrènent le secteur minier, citant Burundi Mining Export comme un exemple emblématique.
« À Murehe, tout était devenu plus transparent. Lorsque j’ai visité un exploitant de pierres précieuses à Cibitoke, on m’a dit que la production mensuelle était passée de 400 kg à 20 tonnes. Où passait le reste ? » a-t-il fustigé. Pour lui, cette situation illustre l’opacité du secteur minier burundais et l’absence de retombées économiques pour le pays.
Un secteur sous-exploité malgré son potentiel
Les autorités burundaises vantent souvent les richesses minières du pays, citant notamment le nickel, les terres rares, l’or et les « 3T » (étain, tungstène et tantale, correspondant respectivement à la cassitérite, la wolframite et le coltan). Le pays disposerait aussi d’importants gisements de cuivre, de cobalt et de vanadium.
Malgré ces ressources, le secteur minier contribue très peu au budget de l’État. Déjà, dans le Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) de deuxième génération, le gouvernement reconnaissait que « malgré l’expansion rapide des exploitations, la production ne dépasse pas 1 % du PIB ». Cette situation n’a guère évolué. Selon l’Observatoire de l’Action Gouvernementale (OAG), les recettes minières pour l’exercice 2024-2025 sont estimées à environ 26 milliards de BIF, soit seulement 0,7 % du budget de l’État.
Corruption et manque de transparence
Pour le président Ndayishimiye, la mauvaise gestion et la corruption freinent considérablement le développement du secteur minier. « Il y a énormément d’argent en jeu. On peut facilement proposer cinq milliards à quelqu’un pour qu’il reste passif et ne dénonce pas les fraudes », a-t-il dénoncé.
Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de Lutte contre la Corruption (OLUCOME), partage ce constat : « Le Burundi exporte d’importantes quantités de matières premières, mais les revenus générés restent inconnus. C’est du pillage des ressources. »
Le manque de transparence est également visible sur le site de l’Office Burundais des Mines et Carrières, qui ne fournit aucune donnée sur la production ni sur les recettes du secteur.
Vers une réforme nécessaire
Les experts s’accordent à dire qu’une meilleure structuration du secteur permettrait d’augmenter sa contribution à l’économie nationale, potentiellement au même niveau que le café et le thé, les principales exportations du pays. Selon l’économiste Channel Girumugisha, la mauvaise gouvernance et l’absence de transparence constituent les principaux freins au développement du secteur.
« La fraude passe par la sous-déclaration des revenus miniers et la délivrance de certificats d’essais valables sur de longues périodes », explique-t-il.
En plus de ces défis, l’exploitation artisanale reste la norme, ce qui limite le rendement. Pour que le secteur minier burundais devienne un moteur économique, il est impératif d’améliorer la transparence, d’effectuer des études géologiques approfondies et de favoriser la transition vers une exploitation industrielle.
