Une déclaration d’un homme d’affaires rwandais, Sadate Munyakazi, a mis le feu aux poudres la semaine dernière. S’adressant à la jeunesse du Front patriotique rwandais (FPR) dans le district de Kicukiro, à Kigali, le 12 octobre 2025, il a exhorté les jeunes à travailler d’arrache-pied pour qu’à l’horizon 2050, ils deviennent leurs propres employeurs.
Le discours a pris une tournure polémique lorsqu’il a ajouté que, d’ici là, les Rwandais pourraient « recruter les Burundais et les Congolais pour balayer nos rues et nos toilettes ».
Ces propos, jugés condescendants et méprisants, ont immédiatement provoqué un torrent d’indignation, non seulement chez des internautes burundais et congolais, mais aussi parmi de nombreux Rwandais, qui ont exigé des excuses publiques.
Loin de se rétracter, Munyakazi a persisté sur son compte X (ex-Twitter), déclarant que « des dirigeants qui sèment la division au lieu de développer leur pays ne peuvent rien léguer d’autre à leurs citoyens que la probabilité de devenir les esclaves des autres ».
Et d’ajouter :
« Si vous, Congolais et Burundais, ne cessez pas de haïr le Rwanda comme on vous l’enseigne, vous finirez comme balayeurs de nos rues et de nos toilettes. Ce n’est pas une insulte, c’est la vérité. Que celui qui se sent blessé se couche, ça passera. »
Il a ensuite enfoncé le clou en estimant que le Rwanda avait fait preuve de « bienveillance » envers les Burundais et les Congolais en leur évitant, selon lui, de « se noyer dans la mer ».
Le FPR prend ses distances
Face à la controverse, des responsables du FPR ont rapidement pris leurs distances. Sur X, Abdelaziz Murenzi a précisé que les propos de Munyakazi « relèvent de son opinion personnelle et ne reflètent en rien la position du FPR ni celle du peuple rwandais ». Il a rappelé que les Rwandais gardent « une profonde reconnaissance pour l’histoire partagée, la solidarité et l’accueil offerts pendant des décennies, avant que le pays ne puisse se reconstruire ».
De son côté, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Olivier Nduhungirehe, a recadré un journaliste de Radio TV10 qui semblait minimiser la portée des propos. Le journaliste affirmait ne pas comprendre « pourquoi on jetterait des pierres à Munyakazi pour des propos justes ».
Nduhungirehe lui a répondu publiquement :
« Please delete, ujye umenya ko uri umunyamakuru ukurikirwa na benshi »
soit : « Effacez, s’il vous plaît. N’oubliez pas que vous êtes un journaliste suivi par de nombreuses personnes. »
Des excuses jugées forcées
Le 16 octobre, Sadate Munyakazi a finalement présenté des excuses publiques. Mais pour beaucoup, ces excuses semblaient davantage dictées par la pression que par une véritable remise en question.
C’est aussi l’avis de Balthazar Niyonzima, un Burundais proche du pouvoir de Gitega, qui estime sur X que Munyakazi « dit tout haut ce que le pouvoir de Kigali pense tout bas ». Selon lui, ses propos traduiraient le ressentiment de certains Rwandais envers des réfugiés qu’ils « voudraient réduire en esclavage ».
Une polémique révélatrice
Quelle que soit l’interprétation donnée à cette sortie, les propos de Sadate Munyakazi traduisent une inconscience politique et une incapacité à distinguer les dirigeants de leurs peuples. Les citoyens ordinaires ne sont pas responsables des crises qui frappent leurs pays — une nuance que l’homme d’affaires semble avoir ignorée.
Dans un contexte régional déjà tendu entre le Rwanda et ses voisins, cette généralisation maladroite n’a fait qu’attiser des sensibilités déjà vives.
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Photo : Sadate Munyakazi, homme d’affaires rwandais, lors de son discours à la jeunesse du FPR à Kicukiro, le 12 octobre 2025. © DR
