Malgré les récentes déclarations du président Évariste Ndayishimiye assurant que le Burundi dispose désormais de carburant « en quantité suffisante », la réalité observée sur le terrain raconte une toute autre histoire. Les pénuries demeurent dans plusieurs provinces ; la Sopebu n’a émis aucun communiqué confirmant les propos présidentiels, et les usagers expriment un scepticisme grandissant. Tout indique que les annonces répétées ne parviennent pas à masquer une crise structurelle qui dure depuis des années.
Lors de la présentation officielle du nouvel administrateur communal de Bugendana (province de Gitega), le jeudi 23 octobre 2025, le président Évariste Ndayishimiye a affirmé que le pays ne manquait plus de carburant. Selon lui, la persistance des pénuries s’expliquerait non par un manque de produits, mais par le fait que « certaines stations refusent d’aller s’approvisionner à la Sopebu », la Société pétrolière du Burundi.
Il a par ailleurs averti que les propriétaires de stations récalcitrants « ne méritent même pas d’exister », menaçant de les placer sous gestion de l’État.
Une promesse parmi d’autres dans une crise sans fin
Depuis 2021, le Burundi traverse une crise chronique du carburant marquée par des ruptures d’approvisionnement à répétition, des files d’attente interminables et une hausse des prix du transport. Malgré les promesses récurrentes du chef de l’État, aucune amélioration durable n’a été constatée.
En 2022, après la destitution du Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, le président avait assuré avoir pris le dossier « en main », promettant qu’il ne manquerait plus jamais de carburant. En 2023, à Musaga, il annonçait l’arrivée imminente d’un navire chargé de carburant en provenance de Bahreïn. Quelques mois plus tard, il évoquait un blocage à Dar es Salaam, faute de camions disponibles pour le transport. En 2024, il avançait cette fois la thèse d’un haut fonctionnaire ayant empêché le déchargement d’un stock faute de paiement.
Des annonces jugées parfois fantaisistes ont également circulé, comme celle d’un projet de production locale de carburant à base d’avocatiers ou d’herbes médicinales.
Aucun élément ne vient confirmer les propos présidentiels
À la date du 23 octobre 2025, aucun signe tangible ne permet de confirmer que le carburant est disponible en quantité suffisante au Burundi. Des observations réalisées par Burundi Facts et des témoignages d’usagers indiquent que les provinces de Bujumbura, Gitega et Ngozi connaissent toujours des pénuries prolongées.
La Sopebu, censée être la principale source d’approvisionnement, n’a publié aucun communiqué officiel confirmant des stocks suffisants. Les stations-service contactées affirment n’avoir reçu ni nouvelles instructions ni quotas d’approvisionnement supplémentaires.
Un chauffeur de taxi rencontré au centre-ville de Bujumbura estime que « la déclaration du président n’a pas de sens ». Selon lui, « le but d’un commerçant, c’est de vendre. Pourquoi refuserait-il d’aller chercher du carburant s’il y en avait vraiment ? ».
Un usager du transport public rencontré au parking de Bujumbura partage cette analyse : « Le président veut faire croire que les stations sont responsables, alors que c’est l’État qui n’arrive pas à importer régulièrement. »
Vers des solutions structurelles ?
Pour Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, la résolution durable de la crise passe par la tenue d’États généraux de l’économie nationale afin d’en examiner les causes profondes : gestion opaque du secteur, absence de réserves stratégiques et dépendance totale aux importations.
De son côté, Faustin Ndikumana, directeur national de la PARCEM, appelle le gouvernement à adopter des mesures durables, notamment le renforcement des capacités de stockage, une meilleure gestion des devises et la libéralisation partielle des importations de carburant.
En résumé
Si le président Évariste Ndayishimiye affirme que le Burundi dispose désormais de carburant en quantité suffisante, aucune preuve concrète ne vient étayer cette déclaration. Les pénuries persistent dans plusieurs provinces, les stations-service n’ont pas confirmé la réception de nouveaux stocks, et les citoyens demeurent sceptiques.
Les experts s’accordent sur la nécessité d’une approche structurelle : États généraux, meilleure gouvernance du secteur et renforcement des infrastructures de stockage. Tant que ces réformes ne seront pas engagées, la disponibilité réelle du carburant au Burundi restera incertaine, et la population continuera d’en subir les conséquences.
_______________________________________________Photo : Le président Évariste Ndayishimiye qui a assuré que le Burundi dispose désormais de carburant « en quantité suffisante » © DR
