Depuis quelque temps, le Burundi connaît une floraison de groupements financiers et d’institutions de microfinance. Mais dans cette effervescence, des escrocs s’infiltrent et profitent de la méconnaissance du public pour détourner des fonds. Un cas emblématique, celui de la COOPDI à Kinama, permet de comprendre comment repérer les signaux d’alerte.
Parmi les nombreuses structures apparues ces dernières années, la Coopérative de Développement Ineza Iwacu – COOPDI s’est distinguée, non pas par sa réussite, mais par les soupçons d’arnaque qui pèsent sur elle. Au départ, COOPDI opérait comme un simple groupement communautaire, attirant les membres par des placements rémunérés à hauteur de 5 % par mois. Une offre alléchante qui a séduit de nombreux citoyens.
Mais rapidement, des difficultés ont émergé : les intérêts promis n’étaient plus versés, et certains membres ont même perdu l’accès à leur capital. D’après Izere Sonia, une des victimes, « l’affaire semblait prospère au début, puis on s’est retrouvés sans nouvelle de notre argent ». Elle raconte avoir perdu tout le capital qu’elle destinait à un projet d’aviculture. Au total, les pertes collectives atteindraient près de 10 milliards de BIF, selon les témoignages des membres.
Une affaire passée entre plusieurs institutions
L’affaire COOPDI a été signalée à plusieurs niveaux : de l’administration locale jusqu’à la Présidence de la République, en passant par la Banque de la République du Burundi (BRB) et l’ANACOOP (Agence nationale de promotion et de régulation des coopératives). Ce cheminement complexe s’explique par la nature hybride de la structure mise en cause : COOPDI était à la fois une coopérative communautaire et une microfinance, avec un lien présumé avec une autre entité nommée Ineza Microfinance.
La BRB a depuis publié des listes officielles. On y trouve COOPDI parmi les groupements financiers communautaires ayant changé de catégorie, tandis qu’Ineza Microfinance figure parmi les institutions dont l’agrément a été retiré.
Microfinance au Burundi : quatre catégories bien distinctes
Pour comprendre ces distinctions, il faut savoir que les institutions de microfinance au Burundi sont classées en quatre catégories, selon la réglementation de la BRB. Chacune a ses droits et obligations :
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1ère catégorie : entreprises de microfinance (sociétés anonymes, sociétés coopératives, etc.) autorisées à collecter des dépôts et octroyer des crédits. Exemples : Mutec, Kazoza Finance, iHela.
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2e catégorie : fonds de financement ou de garantie affiliés aux ONG ou ASBL. Ces structures octroient des crédits mais ne peuvent pas collecter les dépôts. Aucun cas n’est actif actuellement.
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3e catégorie : coopératives d’épargne et de crédit (comme la COOPEC) qui collectent des dépôts de leurs membres et leur accordent des crédits.
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4e catégorie : groupements financiers communautaires, souvent encadrés par des ONG, des Églises ou des projets gouvernementaux. Ces structures ne peuvent exercer que des activités internes au groupe : collecte des cotisations entre membres et octroi de microcrédits limités à 5 millions de BIF par personne. Elles n’ont pas le droit :
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D’ouvrir des comptes bancaires pour leurs membres
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De domicilier des salaires
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De rémunérer les cotisations
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De contracter des prêts au nom du groupement
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De garder des fonds au siège
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Contrairement aux institutions des trois premières catégories, ces groupements n’ont besoin que d’un enregistrement auprès de la BRB, et non d’un agrément. C’est pourquoi l’administration locale doit toujours être informée en premier lieu de la création d’un tel groupement.
Vigilance face à l’illusion des « microfinances »
Selon les chiffres de la BRB, on compte au Burundi :
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34 institutions de microfinance de première catégorie
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47 coopératives (3e catégorie), en plus de la fédération nationale des COOPEC
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128 groupements financiers communautaires (4e catégorie), dont 80 % se trouvent à Bujumbura
Dans ce paysage, il devient facile pour certains d’abuser de la terminologie de « microfinance » pour tromper les citoyens. Il est donc essentiel de vérifier le statut officiel d’une institution avant d’y investir.
Que faire en cas de doute ?
Face à une offre d’investissement ou de crédit :
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Demandez à voir les documents officiels d’agrément ou d’enregistrement
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Consultez le site web de la BRB pour vérifier la liste des structures reconnues
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Informez-vous auprès de l’administration locale
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Évitez tout groupement qui promet des rendements trop élevés, comme les fameux « 5 % par mois »
Conclusion :
La prolifération des structures financières au Burundi offre de belles opportunités d’inclusion, mais elle ouvre aussi la porte à de nombreuses arnaques déguisées. La vigilance reste la meilleure arme pour ne pas tomber dans le piège des fausses microfinances. La transparence, la régulation et l’éducation financière sont plus que jamais nécessaires.
