Le président Évariste Ndayishimiye a promis un avenir radieux aux habitants de Kiremba grâce à la culture de l’avocat. Mais sur le terrain, l’absence de certification, les faibles revenus des producteurs et la dépendance aux intermédiaires étrangers nuancent sérieusement cette vision. Enquête factuelle.
Lors de la cérémonie de présentation du nouvel administrateur communal de Kiremba, dans la province de Butanyerera, le chef de l’État a tenu des propos pour le moins ambitieux :
« Vous êtes les heureux riches d’ici 5 ans, vous serez des millionnaires, chacun aura dans sa poche un million. »
Une déclaration enthousiaste, mais qu’en est-il vraiment ? Les faits montrent que la promesse présidentielle est loin d’être garantie.
Un système de certification inexistant
Pour qu’un produit agricole puisse accéder aux marchés internationaux, il doit être accompagné d’un certificat phytosanitaire reconnu. Or, au Burundi, ce dispositif reste défaillant.
« Parfois, le certificat délivré par le CNTA est accepté, tantôt, il est rejeté », confie un agent du ministère du Commerce contacté par Burundi Facts.
En pratique, les avocats burundais ne sont pas exportés directement sous leur label national. Ils passent par des commerçants kenyans ou tanzaniens, qui disposent d’une certification reconnue et exportent ensuite sous leur propre bannière.
Quand la valeur ajoutée fuit vers les voisins
L’ingénieur agronome Rénovat Nitunga est catégorique :
« Ce sont les commerçants tanzaniens et kenyans qui deviennent riches grâce aux avocats burundais. »
Les chiffres confirment ses propos : en 2023, un kilo d’avocats se vendait à environ 2 083 francs burundais à Kayanza. Mais une fois exportés par les intermédiaires voisins, ce même kilo atteignait jusqu’à 14 879 francs burundais sur les marchés internationaux.
Un différentiel de près de sept fois, qui illustre à quel point les producteurs burundais sont exclus de la chaîne de valeur.
Des défis structurels majeurs
Outre le problème de certification, la filière avocat au Burundi est freinée par :
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le manque de terres cultivables, conséquence d’une pression démographique croissante ;
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une perception encore limitée de l’avocat comme culture de rente par les paysans ;
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l’absence d’organisation professionnelle, avec peu de coopératives solides et un déficit de formation.
« L’avocat pourrait devenir une culture industrielle, mais sans résoudre ces défis, le potentiel restera bloqué », estime Rénovat Nitunga.
Une promesse déconnectée des réalités
L’analyse factuelle révèle un décalage important entre le discours présidentiel et la situation actuelle :
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le pays ne dispose pas des infrastructures ni de la réglementation nécessaires pour exporter directement ses avocats ;
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les revenus des agriculteurs restent faibles et largement captés par des intermédiaires étrangers ;
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la filière manque de structuration et de soutien public conséquent.
Conclusion
Non, les agriculteurs de Kiremba ne seront pas millionnaires d’ici cinq ans si les obstacles actuels persistent. La culture de l’avocat possède un potentiel réel, mais il ne pourra être exploité qu’à travers des politiques publiques ambitieuses, un système de certification reconnu et une véritable professionnalisation de la filière.
En l’état, la promesse présidentielle relève davantage d’un discours politique que d’une perspective économique tangible.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye visitant une plantation d’avocatiers. © DR
