Le 5 février, jour de la fête de l’unité nationale, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a choisi d’organiser des activités dans la commune de Butaganzwa. Selon lui, les Burundais ne devraient pas interrompre le travail à l’occasion de cette commémoration. Il a par ailleurs annoncé l’ouverture prochaine d’un débat sur le nombre jugé excessif de jours fériés au cours de l’année, lesquels freineraient la productivité nationale.
Sur le principe, la question de l’impact des jours non ouvrables sur l’économie peut sembler légitime. Mais s’agit-il réellement d’une volonté de rationaliser le calendrier des jours fériés ou d’un prétexte pour remettre en cause la fête de l’unité nationale et, au-delà, les symboles qu’elle incarne ?
Lors de la cérémonie de présentation des vœux pour 2026 aux natifs de Gitega, Révérien Ndikuriyo a expliqué qu’il avait programmé des activités le 5 février à Butaganzwa parce qu’il ne savait pas « qu’on devait arrêter de travailler ». Une telle déclaration interroge : difficile en effet d’ignorer qu’il s’agit d’un jour férié officiel. Cette affirmation renforce plutôt l’impression d’un désintérêt pour cette célébration.
Le secrétaire général du parti au pouvoir a ainsi laissé entendre que la fête de l’unité nationale pourrait être une fête de trop dans un pays qui en compterait déjà un grand nombre.
« Nous avons compté tous ces jours en y incluant les samedis et les dimanches : cela fait 120. Nous ne travaillons pas pendant quatre mois au Burundi. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi on doit arrêter le travail pendant la fête de l’unité. »
Il annonce qu’un débat sera organisé prochainement, estimant qu’on ne peut se permettre de suspendre le travail pendant 120 jours par an.
Ces propos auraient pu être interprétés comme une volonté d’optimiser le temps de travail si, parallèlement, d’autres signaux ne suggéraient pas une mise à l’écart progressive des symboles de l’unité nationale. Dès lors, la question se pose : cette réflexion sur les jours fériés ne viserait-elle pas, en réalité, la suppression de la fête du 5 février ?
Dans une émission Space sur X consacrée à l’unité nationale, l’organisation FOCODE relevait que le drapeau de l’unité, pourtant censé être arboré aux côtés du président Évariste Ndayishimiye, aurait disparu depuis 2023, y compris lors des conseils des ministres à partir du 20 mars 2024.
Pourtant, l’article 5 du décret-loi du 17 décembre 1992 dispose que « le drapeau de l’unité soit arboré aux côtés du drapeau national ». De même, la Constitution du Burundi de 2018 prévoit que les hautes autorités jurent fidélité à la Charte de l’unité nationale et à la Constitution en tenant de la main gauche le drapeau national et le drapeau de l’unité nationale.
Autrement dit, un symbole consacré par la loi ne peut être écarté sans modification préalable du cadre juridique. La disparition d’un tel emblème ne relève pas d’une simple décision administrative.
Des mobilisations plus coûteuses
Un autre élément fragilise l’argument de la productivité avancé par Révérien Ndikuriyo. Chaque fin d’année et chaque dernier jeudi du mois, le CNDD-FDD organise des prières d’action de grâce qui mobilisent l’administration et d’importants moyens publics.
Ces cérémonies, organisées durant les jours ouvrables et les heures de service, entraînent également une suspension des activités dans les provinces concernées : écoles fermées, commerces à l’arrêt, services publics mobilisés.
Des organisations de la société civile, telles que l’OLUCOME, dénoncent ces dépenses qu’elles qualifient de malversations économiques, soulignant qu’aucun texte de loi ne les encadre formellement.
Si la priorité est réellement la productivité, certains estiment que la réduction de ces mobilisations constituerait un point de départ plus cohérent.
Une unité nationale en question
Au-delà du débat sur le nombre de jours fériés, c’est la place accordée à l’unité nationale qui est interrogée. Plusieurs observateurs estiment que cette notion tend à devenir un simple slogan.
Faustin Ndikumana, directeur du PARCEM, a notamment déclaré que tant que persisteront des inégalités de traitement et des discriminations dans la gouvernance, l’unité nationale ne pourra reposer sur des bases solides.
Dans ce contexte, supprimer la fête de l’unité nationale ne créerait pas, à elle seule, davantage de productivité. La question centrale demeure celle-ci : quelle importance le CNDD-FDD accorde-t-il réellement à l’unité nationale ?
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Photo : Révérien Ndikuriyo remet en question l’arrêt du travail le 5 février, estimant que le Burundi compterait jusqu’à 120 jours sans activité par an. Mais les faits et le cadre légal racontent-ils la même histoire ? Analyse et vérification. © DR
