Après les arrestations massives du 15 février à Lusaka, l’Observatoire national pour la lutte contre la criminalité transnationale a dénoncé des rafles visant des migrants burundais. Si des dizaines de burundais figurent parmi les personnes interpellées, les chiffres officiels permettent-ils de conclure à une opération ciblée contre cette communauté ?
Le 15 février 2026, dès quatre heures du matin, la police de l’immigration zambienne a lancé une opération de grande envergure à Lusaka la capitale. Officiellement, il s’agissait d’interpeller des personnes présumées en situation irrégulière. Mais très vite, au sein de la communauté burundaise de la capitale zambienne, un autre récit s’est imposé : celui de rafles ciblant spécifiquement les burundais.
L’Observatoire national pour la lutte contre la criminalité transnationale (ONLCT) « Où est ton frère ? » a dénoncé des arrestations visant des migrants burundais, y compris dans des églises. L’opération constituait-elle réellement un ciblage national ? Voici ce que montrent les faits vérifiables.
Des chiffres officiels qui confirment l’ampleur de l’opération
Selon le communiqué publié par la police zambienne, 349 personnes ont été interpellées le 15 février. Après vérification d’identité, 209 d’entre elles ont été identifiées comme ressortissantes zambiennes et immédiatement relâchées.
Parmi les personnes arrêtées figuraient 87 burundais. Deux ont été libérés après avoir présenté des documents en règle. Dix-neuf femmes burundaises ont été conduites au siège de la police de l’immigration.
Ces chiffres établissent un fait incontestable : un nombre important de ressortissants burundais a été concerné par l’opération. Mais cela suffit-il à conclure à un ciblage spécifique ?
Un contrôle migratoire général ou une opération dirigée ?
Les autorités zambiennes présentent l’intervention comme un contrôle migratoire classique visant des personnes présumées sans documents valides. Les données officielles montrent que plus de la moitié des personnes interpellées étaient zambiennes. Cela affaiblit l’idée d’une opération exclusivement tournée vers une nationalité étrangère.
Cependant, une fois les vérifications effectuées, les étrangers — dont les burundais — semblent avoir constitué la majorité des personnes maintenues en détention. Cette réalité statistique alimente le sentiment d’être particulièrement visés.
À ce stade, aucun document officiel ne démontre que les burundais ont été explicitement ciblés en raison de leur nationalité. Mais leur forte représentation parmi les détenus nourrit la perception inverse.
Une méthode d’intervention qui alimente le sentiment de ciblage
Des ressortissants burundais contactés décrivent une pratique récurrente : les agents interpellent d’abord les personnes soupçonnées d’être étrangères, puis vérifient leurs documents plus tard, parfois après leur transfert vers des centres de détention.
Selon ces témoignages, les personnes identifiées comme zambiennes sont relâchées, tandis que les étrangers restent détenus. Cette méthode, si elle est confirmée, peut expliquer pourquoi de nombreux burundais estiment être plus exposés que d’autres.
Toutefois, ces éléments reposent sur des témoignages. Aucune enquête indépendante ne permet, à ce stade, d’établir systématiquement cette pratique comme une politique ciblée contre les burundais.
Des arrestations jusque dans des églises ?
L’un des aspects les plus sensibles concerne les lieux des interpellations. Des témoignages relayés par l’ONLCT affirment que l’opération s’est étendue à des églises pentecôtistes le dimanche matin, alors que des fidèles participaient aux cultes.
Des agents auraient contrôlé et arrêté des personnes à l’entrée de lieux de prière. Pour la communauté burundaise, cette dimension symbolique est particulièrement forte. Si même les lieux de culte deviennent des espaces d’interpellation, le sentiment d’insécurité s’en trouve renforcé.
Cependant, aucun communiqué officiel de la police zambienne ne confirme explicitement des interventions dans des églises. Faute de preuves indépendantes ou de documents corroborant ces faits, ces allégations restent fondées principalement sur des témoignages et la communication d’une organisation de la société civile.
Une série d’opérations qui inquiète
L’ONLCT rappelle qu’une opération similaire aurait été menée le 26 janvier 2026. Selon les chiffres avancés, 182 personnes suspectées d’être en situation irrégulière avaient été arrêtées. Quinze avaient été identifiées comme zambiennes et relâchées, tandis que 165 étrangers avaient été maintenus en détention.
Ces données suggèrent un renforcement des contrôles migratoires à Lusaka ces dernières semaines. Toutefois, là encore, rien ne prouve formellement que ces opérations visaient spécifiquement les burundais.
Une communauté sous tension
Le président de l’ONLCT, Prime Mbarubukeye, évoque un climat de peur au sein de la communauté burundaise. Selon lui, les interventions répétées dans les quartiers, les marchés et potentiellement dans des lieux de culte installent une insécurité permanente.
L’organisation appelle à un renforcement des démarches diplomatiques du gouvernement burundais auprès des autorités zambiennes. Elle plaide également pour le respect des droits humains et de la dignité des migrants.
Conclusion : que peut-on affirmer avec certitude ?
Les faits établissent clairement qu’une opération d’envergure a été menée le 15 février 2026 à Lusaka. Ils confirment également qu’un nombre significatif de ressortissants burundais a été arrêté et maintenu en détention.
En revanche, les données officielles ne démontrent pas que les Burundais ont été explicitement ciblés en raison de leur nationalité. Les arrestations présumées dans des églises ne sont pas confirmées par des sources indépendantes.
L’allégation d’un ciblage spécifique repose principalement sur des témoignages et sur l’interprétation des événements par une organisation de la société civile. À ce stade, elle ne peut être confirmée de manière indépendante.
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Photo : une scène de refoulement à Lusaka, la capitale zambienne, montrant des sans-papiers, dont plusieurs Burundais, contraints de retourner chez eux. © DR
