Le gouvernement burundais prévoit d’allouer 18,8 milliards de francs burundais à l’Office du Transport en Commun (OTRACO) pour l’acquisition de 30 nouveaux bus, dont 10 électriques. Cette enveloppe figure dans le collectif budgétaire 2025-2026 et a suscité de vives interrogations à l’Assemblée nationale, plusieurs députés mettant en cause la pertinence économique de cet investissement et la gouvernance de l’entreprise publique.
Lors de la séance plénière du 24 décembre 2025, le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a confirmé que le gouvernement entend injecter 18 milliards de FBu dans l’OTRACO. Il a justifié cette dépense par la volonté de moderniser le transport urbain et de tester des bus électriques, dans une perspective de réduction des coûts énergétiques à long terme.
Cependant, plusieurs parlementaires ont alerté sur le risque financier que représente un tel investissement dans une structure régulièrement décrite comme déficitaire, alors qu’elle est censée générer des revenus par l’exploitation du transport public. Les débats ont également ravivé les questions autour de la gestion des dons antérieurs, notamment celui de plus de 90 véhicules offerts par le gouvernement japonais.
Le député Joachim Barutwanayo a ainsi exprimé ses inquiétudes en séance :
« Je vois que c’est une bonne initiative d’aider les citoyens à se déplacer en achetant des véhicules pour l’OTRACO. Mais OTRACO, en soi, ne génère rien ! Où sont passés les véhicules donnés par le Japon ? Et lorsque ces 30 bus seront hors service, allez-vous encore injecter d’autres fonds ? »
Face à ces préoccupations, le ministre des Finances a reconnu le manque de transparence dans les performances financières de l’OTRACO. Il a assuré que les 30 nouveaux bus feront l’objet d’une gestion comptable distincte, afin d’évaluer précisément leur rentabilité :
« Nous aussi, au sein du gouvernement, nous nous interrogeons sur les faibles résultats de l’OTRACO, malgré les nombreux dons reçus. Cette fois, nous serons vigilants : une gestion distincte sera mise en place pour ces 30 véhicules », a-t-il déclaré.
Malgré cette annonce, l’allocation de plus de 18 milliards de FBu à une structure régulièrement accusée de mauvaise gestion et de corruption continue de susciter des doutes. Sans réforme préalable ni audit approfondi, cet investissement pourrait alimenter des soupçons d’impunité économique et poser la question de l’efficacité réelle de l’utilisation des fonds publics.
Le président de l’Olucome, Gabriel Rufyiri, insiste pour sa part sur la nécessité de renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion des finances publiques. Selon lui, la Cour des comptes devrait systématiquement mener des audits approfondis avant tout financement public, qu’il s’agisse de projets, d’investissements ou de subventions :
« Des audits préalables permettent d’identifier les risques financiers et de vérifier la capacité des bénéficiaires à utiliser correctement les fonds alloués », explique-t-il.
Pour l’Olucome, cette démarche est essentielle afin de prévenir les détournements de fonds, de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions publiques et de promouvoir une gouvernance responsable, condition clé d’un développement économique durable.
En définitive, l’injection de 18,8 milliards de FBu dans l’OTRACO demeure controversée. Si l’objectif affiché est la modernisation du transport urbain, les interrogations persistantes sur la gestion passée de l’entreprise et la rentabilité future de ces bus soulignent l’urgence d’audits indépendants et de réformes structurelles avant tout engagement financier d’une telle ampleur.
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Photo : Des véhicules désaffectés dans un hangar de l’OTRACO. Alors que l’État prévoit d’y injecter 18,8 milliards de FBu pour de nouveaux bus, la question de la gestion des équipements existants reste posée. © DR
