Le média Akeza Net, suivi par une audience considérable au Burundi, a annoncé que le fonds souverain qatari QIA et l’Al Mansour Holding prévoient d’investir 180 milliards USD au Burundi « à long terme », ça sonne… colossal. D’autant plus qu’aucune source officielle n’est citée. Nous avons cherché à valider cette affirmation.
La tournée actuelle de Cheikh Al Mansour bin Jabor bin Jassim Al Thani (de la famille émirienne), à travers dix pays d’Afrique centrale et australe, est bien réelle.
Selon RFI, la RDC a décroché l’engagement le plus important dans le cadre de cette tournée avec 20 milliards USD, et les autres pays visités peuvent s’attendre à des promesses de 5 à 10 milliards USD chacun. Aucun pays ne figure avec un chiffre à hauteur de 180 milliards USD comme l’a annoncé Akeza Net.
Du côté du Burundi, ni la Présidence, ni le Ministère des Finances, ni tout autre canal institutionnel ou média d’État n’ont confirmé le chiffre. En revanche, Burundi Times parle d’« investissements majeurs » envisagés, toujours sans chiffrer précisément.
Sur le plan économique, l’allégation paraît encore plus décalée : le budget annuel du Burundi pour 2025/26 s’élève à environ 1,77 milliard USD, soit… 100 fois moins que la prétendue annonncé.
Quant au QIA, il gère des actifs évalués à plusieurs centaines de milliards USD, mais attribuer 180 milliards à une seule nationale africaine semble hautement improbable.
L’hypothèse la plus plausible ? Une erreur, ou peut-être un mélange avec un montant global alloué à l’ensemble des pays visités (dans le plan global mentionné de 300 milliards USD pour l’Afrique et l’Asie), mais en aucun cas un engagement unilatéral pour le Burundi.
Où Akeza Net se trompe (ou mélange)
L’annonce de 180 milliards USD pour le Burundi n’est pas étayée par des sources officielles, est éloignée de toute réalité économique.
Aucun lien vers un communiqué qatari, une loi de finances burundaise ou un accord chiffré. (Nos vérifications n’en trouvent pas non plus.)
Le bon réflexe aurait été, pour Akeza Net, de contacter les ministères ou la présidence pour vérification, ou tout au moins d’annoncer prudemment l’information comme une allégation non vérifiée.
Ce cas illustre un manque d’application des bonnes pratiques journalistiques : ne jamais publier un chiffre si l’on ne peut pas le confirmer concrètement par des sources officielles.
Que retenir ?
À date du 20 août 2025, il n’existe aucune preuve qu’180 milliards USD soient engagés pour le seul Burundi ; les meilleurs indices pointent vers un enveloppe globale et, pour chaque pays de la tournée (Burundi inclus), des fourchettes de 5–10 milliards, loin des 180 annoncés par Akeza Net.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye accueillant Cheikh Al Mansour bin Jabor bin Jassim Al Thani lors de son étape au Burundi, dans le cadre de sa tournée en Afrique centrale.
