Alors que les autorités saluent un climat paisible à l’approche des élections sénatoriales du 21 juillet 2025, plusieurs signaux faibles sur le terrain nuancent ce tableau. Entre discours officiel et incidents isolés, que révèle réellement l’ambiance électorale au Burundi ?
Le gouvernement burundais se félicite du climat de stabilité qui prévaut à l’approche du scrutin sénatorial. Le ministre de l’Intérieur, Martin Niteretse, s’est voulu rassurant lors d’une réunion avec les responsables des forces de l’ordre de la région Centre :
« Il n’y a aucun doute, les résultats parlent d’eux-mêmes. Nous constatons qu’il y a la paix et la sécurité dans tout le pays. »
En effet, aucun affrontement de grande ampleur, ni manifestation publique notable, n’a été rapporté jusqu’ici. Une sérénité visible qui renforce le discours officiel. Toutefois, en creux de cette tranquillité apparente, des signes plus discrets émergent — minoritaires, mais significatifs. Ils invitent à une lecture plus nuancée du climat électoral.
Slogans contestataires sur les murs : un message marginal mais révélateur
Le lundi 21 juillet, des inscriptions hostiles au parti au pouvoir, « CNDD-FDD TEMBA » (« CNDD-FDD, dégage »), ont été découvertes dans plusieurs localités — notamment à Gitega, Ngozi et Rumonge. Les slogans, peints à la bombe rouge, ont été repérés à proximité d’écoles, d’églises et sur des axes très fréquentés, selon des témoignages relayés par Radio Publique Africaine (RPA).
Si l’acte reste non revendiqué, il est interprété par certains observateurs comme un signal d’agacement face à un espace politique perçu comme verrouillé. Sur le réseau X (anciennement Twitter), l’analyste Daniel Kabuto y voit un « acte désespéré de ceux qui aspirent au changement ».
Incidents isolés à Giharo et Tangara : vandalisme et violence
Dans la nuit du 15 au 16 juillet à Giharo, province de Rutana, des symboles du parti UPRONA ont été vandalisés : affiches déchirées, drapeaux brûlés. Aucun suspect n’a été interpellé, et les faits n’ont pas été revendiqués.
À Tangara, dans la province de Ngozi, un incident plus grave a eu lieu le 18 juillet. Selon SOS-Torture Burundi, un jeune serveur de 23 ans, Ésaïe Niyonkuru, a perdu la vie à la suite d’une altercation avec deux policiers et un magistrat — tous trois en état d’ébriété. Les auteurs présumés ont été arrêtés. Une manifestation pacifique a suivi, dénonçant les abus des forces de l’ordre. Là encore, l’incident reste isolé, mais soulève des questions sur la gestion de la discipline au sein des corps de sécurité, en période électorale sensible.
Découverte troublante à Cibitoke : deux corps en uniforme sans explication
Le 14 juillet, deux corps en uniforme de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) ont été retrouvés en état de décomposition avancée sur les rives de la Rusizi, à Rukana (Cibitoke), selon SOS-Torture Burundi. Les dépouilles ont été rapidement récupérées par l’armée. Aucun communiqué officiel n’a été émis à ce sujet.
Dans un contexte où les autorités affirment vouloir renforcer la confiance entre citoyens et institutions, une enquête publique ou à tout le moins une brève déclaration officielle aurait permis de réduire les spéculations et de montrer un engagement en faveur de la transparence.
Tensions silencieuses à Buhumuza : une crise humanitaire en arrière-plan
Autre facteur de fragilité : la pression humanitaire dans la région de Buhumuza. Depuis janvier 2025, environ 63 000 réfugiés congolais ont fui les violences dans l’Est de la RDC pour se réfugier au Burundi. Mais les conditions d’accueil se détériorent rapidement. Les rations ont été réduites drastiquement à la suite des coupes du Programme Alimentaire Mondial (PAM).
Selon SOS Médias Burundi, la situation devient critique : pénuries d’eau, pressions sur les terres disponibles, insécurité alimentaire. Si ces tensions ne se sont pas encore traduites par des conflits ouverts ou des récupérations politiques, leur évolution mérite une attention urgente. À défaut, elles pourraient nourrir des frustrations exploitables, dans un contexte électoral.
Conclusion : stabilité réelle, mais pas sans fissures
Le climat électoral au Burundi demeure, jusqu’ici, globalement calme — un constat que les autorités peuvent légitimement revendiquer. Aucune violence généralisée, pas de désordre majeur signalé.
Mais les faits relevés dans certaines localités — inscriptions anonymes, actes de vandalisme, décès suspect, tensions humanitaires — montrent qu’une lecture plus fine de la situation est nécessaire. Ces signaux ne contredisent pas frontalement la stabilité observée, mais ils appellent à la vigilance.
Plus que le maintien de l’ordre visible, c’est la capacité d’anticiper, d’écouter les voix dissonantes et d’apaiser les tensions silencieuses qui permettra de traverser cette phase électorale avec sérénité durable.
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Photo : une femme reçoit de l’encre indélébile sur son doigt, signe qu’elle a voté lors des sénatoriales du 23 juillet 2025, dans une zone rurale © SOS Médias Burundi
