Une semaine après la prise de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, par les combattants de l’AFC/M23 et du groupe Twigwaneho, plusieurs informations font état d’un retrait progressif de ces forces, à la suite du communiqué du coordonnateur du mouvement, Corneille Nangaa, annonçant un retrait unilatéral le 15 décembre 2025. Témoignages locaux, déclarations publiques parfois contradictoires et prises de position politiques divergentes alimentent toutefois une forte confusion. Que sait-on réellement de ce retrait annoncé ?
Plusieurs habitants des environs d’Uvira affirment avoir observé, depuis mercredi soir, des mouvements de combattants de l’AFC/M23 et de Twigwaneho quittant la ville par le nord, en direction notamment de Kiliba et Kalundu, zones où serait installé leur état-major.
Selon ces témoignages recoupés, certains combattants se déplaçaient à pied, sacs au dos et armes visibles, tandis que d’autres circulaient à bord de véhicules. Ces mouvements étaient principalement observables à la sortie nord de la ville. Ils interviennent après plusieurs jours de combats intenses ayant affecté à la fois les centres urbains d’Uvira et les hauts plateaux environnants.
Déclarations officielles du mouvement
Sur son compte X, Bertrand Bisimwa, président de la branche politique du M23, affirme sans ambiguïté que « le mouvement des forces de l’AFC/M23 hors d’Uvira est en cours et sera terminé d’ici demain ». Il appelle la population au calme et exhorte la médiation internationale ainsi que les partenaires extérieurs à veiller à la protection de la ville contre les violences, les représailles et toute tentative de remilitarisation.
Cette déclaration s’inscrit dans la continuité d’un communiqué signé lundi par Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, qui présente ce retrait comme un geste de soutien au processus de Doha sous médiation internationale. Le mouvement précise cependant que ce retrait reste conditionné à plusieurs exigences, notamment la démilitarisation d’Uvira, la protection des civils et la supervision du cessez-le-feu par une force neutre.
Scepticisme marqué de Kinshasa
Le gouvernement congolais se montre, pour sa part, profondément sceptique. Sur X, le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a publiquement remis en cause la réalité et la portée du retrait annoncé :
« Qui peut le vérifier ? Où partent-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils dans la ville ? »
Kinshasa considère ce retrait comme une manœuvre unilatérale destinée, selon ses termes, à « sauver le père Rwanda », et affirme attendre un retrait effectif, vérifiable et complet des troupes rwandaises de l’ensemble des zones occupées.
À ce stade, ni l’AFC/M23 ni le groupe Twigwaneho n’ont précisé publiquement les zones exactes de repli ni l’autorité censée assurer la gestion d’Uvira après leur départ.
Contactés par Burundi Facts, Lawrence Kanyuka, porte-parole de l’AFC/M23, et son adjoint, le Dr Oscar Barinda, ont décliné toute interview, indiquant que des clarifications seraient communiquées ultérieurement par voie officielle.
Réaction burundaise : une dénonciation frontale
Dans ce contexte déjà tendu, le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a apporté une lecture radicalement opposée. Dans un message publié sur X le 16 décembre, il affirme que l’annonce de retrait relève de la pure manipulation :
« C’est de la poudre aux yeux, il n’y a pas eu de retrait. Voilà encore une fois comment le Rwanda et ses M23 créent la diversion. Les pseudo-manifs sont une pure manipulation. TV5 Monde et d’autres médias ne devraient pas tomber dans la propagande du M23 et du Rwanda. »
Selon le chef de la diplomatie burundaise, ce retrait proclamé serait intervenu « sous pression américaine » et ne correspondrait à aucune réalité observable sur le terrain, mettant directement en cause la crédibilité des annonces relayées par certains médias internationaux.
Contexte sécuritaire régional
Par ailleurs, une présence militaire burundaise significative est toujours signalée en République démocratique du Congo. Selon les informations disponibles, deux bataillons burundais seraient déployés à Mwenga, et deux autres entre Baraka et Kalemie, soit un total estimé à quatre bataillons, représentant environ cinq mille hommes encore présents sur le territoire congolais.
Conclusion : un retrait plausible, mais politiquement contesté
À ce stade, malgré une situation évolutive et sujette à interprétation politique, plusieurs éléments factuels convergent vers un constat central. Les témoignages de résidents locaux, recoupés avec des mouvements observables sur le terrain, indiquent un départ réel de combattants de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira. Ces éléments sont renforcés par les déclarations publiques explicites des responsables du mouvement, qui reconnaissent eux-mêmes un retrait en cours.
En revanche, les autorités congolaises et burundaises rejettent cette lecture, dénonçant une manœuvre de communication et appelant à des mécanismes de vérification indépendants.
À ce jour, aucun élément matériel vérifiable ne permet de réfuter de manière catégorique les témoignages locaux faisant état de mouvements de retrait. Sur la base des informations disponibles et recoupées, le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira apparaît donc plausible et partiellement effectif, tout en nécessitant un suivi étroit, indépendant et continu pour en confirmer l’ampleur réelle et la durabilité.
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Photo : Une colonne de combattants de l’AFC/M23 observée quittant ses positions à Uvira, dans un contexte d’annonces contradictoires sur un retrait unilatéral. © DR
