Depuis la prise d’Uvira par l’AFC/M23 et la fermeture unilatérale de la frontière de Gatumba par les autorités burundaises, la situation des réfugiés congolais présents au Burundi s’est nettement détériorée. Pénurie alimentaire, propagation de maladies, décès signalés en série : que peut-on établir avec certitude sur l’ampleur de cette crise humanitaire ? Burundi Fact a examiné les faits, les chiffres disponibles et les témoignages recueillis sur le terrain.
Les témoignages concordants de représentants communautaires, d’agents humanitaires et d’ONG locales dressent un constat alarmant. Dans plusieurs camps, notamment à Busuma et à Nyenkanda (ancienne province de Ruyigi), les réfugiés congolais sont confrontés à un manque aigu de besoins essentiels : nourriture, soins médicaux, eau potable et abris décents.
Une agente d’une ONG locale témoigne auprès de Burundi Fact :
« Nous assistons impuissamment à des scènes macabres, des réfugiés en agonie, atteints de maladies combinant symptômes de malaria, de choléra et de malnutrition, sans capacité réelle de leur venir en aide. »
Faute de nourriture, certains réfugiés en viennent à consommer des herbes sauvages connues localement sous le nom d’« Isombe ». Mal préparées, ces plantes peuvent s’avérer toxiques et ont provoqué plusieurs décès, notamment parmi les enfants.
Environ 105 décès signalés en deux semaines
Dans un rapport publié le 5 janvier 2026, la Citizens’ Organization for Peace and Community Cohabitation (CPCC) indique qu’« environ 105 Congolais sont morts en l’espace de deux semaines dans les camps de réfugiés installés au Burundi ».
Si la gravité de la situation est unanimement reconnue, certains responsables communautaires contestent la précision de ces chiffres. Un représentant du camp de Nyenkanda nuance :
« Ces décès sont réels et liés aux mauvaises conditions de vie, mais nous estimons que les chiffres avancés par la CPCC sont erronés, probablement sous-estimés. »
Les causes évoquées restent multiples : choléra, maladies hydriques, malnutrition sévère et absence de prise en charge médicale adéquate.
Une assistance humanitaire largement insuffisante
Dans le camp de Busuma, qui abriterait plus de 60 000 réfugiés, plus de la moitié ne seraient pas officiellement enregistrés, selon des sources internes. Cette situation les exclut de facto des mécanismes d’aide humanitaire mis en place par les agences humanitaires et les institutions onusiennes.
Cette absence d’assistance aggrave une vulnérabilité déjà extrême. « Certains regrettent d’avoir fui vers le Burundi. Ils disent : «mieux vaut mourir chez nous ». Mais la frontière est déjà fermée, rapporte un leader communautaire.
La fermeture de Gatumba, facteur aggravant de la crise
La fermeture de la frontière de Gatumba, décidée à la suite de la prise d’Uvira par l’AFC/M23, a interrompu tout mouvement officiel de retour volontaire vers la RDC. Face à l’impossibilité de survivre dans les camps, certains réfugiés tentent de rentrer par des voies non officielles, notamment en traversant la rivière Rusizi, avec l’aide de pêcheurs assurant des passages clandestins au péril de leur propre vie.
Accusations d’instrumentalisation politique des réfugiés
Plusieurs acteurs politiques burundais accusent les autorités d’exploiter la situation des réfugiés à des fins politiques. Pour l’opposition, la gestion du dossier relèverait davantage du calcul stratégique que de l’urgence humanitaire.
Frédéric Bamvuginyumvira, président de la coalition CFOR Arusha, déclare :
« Les autorités burundaises ont pris en otage les Congolais réfugiés au Burundi alors que certains veulent retourner chez eux. »
Chauvineau Mugwenzo, président du parti UPD Zigamibanga, estime quant à lui que ces réfugiés servent de « vitrine diplomatique » au régime. Il accuse également le président Évariste Ndayishimiye d’adhérer à une idéologie sécuritaire régionale qui aurait contribué à leur exode.
Dans ce contexte, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a adressé une lettre au président burundais, demandant la réouverture de la frontière de Gatumba. Le mouvement y écrit notamment :
« La fermeture de la frontière de Gatumba étouffe une population civile déjà meurtrie. L’ouverture de ce passage permettrait un retour volontaire et sécurisé des réfugiés et contribuerait à désengorger une crise humanitaire que le Burundi ne peut plus contenir. »
Conclusion
Les éléments vérifiés révèlent une situation particulièrement préoccupante. Le Burundi ne dispose ni des capacités matérielles ni des moyens institutionnels nécessaires pour répondre aux besoins de dizaines de milliers de réfugiés congolais présents sur son territoire. Malgré les engagements affichés et un appui onusien limité, la crise humanitaire continue de s’aggraver.
Loin d’apporter une solution sécuritaire durable, la fermeture de la frontière de Gatumba accentue les souffrances des réfugiés et favorise des retours clandestins dangereux. Tandis que les autorités se présentent comme un pays d’accueil, elles peinent à assumer pleinement cette responsabilité, sur fond d’accusations d’instrumentalisation politique et diplomatique de cette tragédie humaine.
Au regard des faits établis, la crise des réfugiés congolais au Burundi ne relève pas uniquement de l’humanitaire : elle est également politique, structurelle et profondément régionale.
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Photo : Des réfugiés fuyant la RDC arrivant dans un centre d’accueil au Burundi. © UNHCR
