Le chef de l’État burundais affirme que le revenu des Burundais avait augmenté, en s’appuyant sur la hausse des taxes et des impôts comme preuve. Une affirmation qui mérite d’être vérifiée. Entre inflation, pression fiscale et réalité des revenus des ménages, des économistes et l’Olucome soulignent que cette corrélation n’est pas automatique. L’examen des faits montre que la hausse des recettes fiscales ne reflète pas nécessairement une amélioration du pouvoir d’achat des Burundais.
Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, a déclaré ce vendredi 26 décembre 2025 que « le revenu des Burundais a augmenté », affirmant que la hausse des taxes et des impôts en constitue la preuve.
L’évolution du revenu des ménages, du pouvoir d’achat et des recettes fiscales est mesurable à l’aide d’indicateurs économiques reconnus. Des économistes et des organisations de la société civile, dont l’Olucome, se sont déjà exprimés sur cette question. Les faits peuvent donc être examinés.
Fiscalité en hausse, pouvoir d’achat en danger
Pour l’économiste Diomède Ninteretse, la hausse des taxes ne constitue pas une preuve directe de l’augmentation du revenu des citoyens. Selon les principes de l’économie publique, les recettes fiscales peuvent augmenter pour plusieurs raisons indépendantes du niveau de vie.
« Une augmentation des recettes fiscales peut provenir d’une hausse des taux d’imposition, d’un élargissement de l’assiette fiscale ou de l’inflation, même lorsque les revenus réels des ménages baissent », explique l’économiste Diomède Ninteretse
Autrement dit, un État peut collecter davantage d’impôts alors même que sa population s’appauvrit.
Inflation : un facteur clé ignoré
Le budget du gouvernement pour l’exercice 2025-2026 prévoit une inflation de 36 %. Cela signifie que de nouveaux produits seront taxés et que d’autres verront leurs taxes revues à la hausse. Selon l’économiste Diomède Ninteretse, lorsque les prix augmentent, les taxes proportionnelles comme la TVA augmentent automatiquement, puisqu’elles sont calculées sur la valeur des biens et services. Dans ce contexte, M.Ninteretse signifie que les ménages paient plus cher les produits de base, l’État perçoit davantage de taxes, mais le pouvoir d’achat diminue. Ainsi, une hausse des taxes liée à l’inflation n’indique pas nécessairement une augmentation des revenus.
L’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome) conteste régulièrement l’idée selon laquelle la pression fiscale actuelle refléterait une amélioration économique. Selon Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, les Burundais font face à une multiplication des taxes, impôts et redevances, le coût de la vie augmente plus vite que les revenus, et une grande partie de la population dépend du secteur informel, où les revenus sont instables et souvent faibles. L’organisation estime que le chef de l’État confond l’augmentation de l’effort fiscal et l’amélioration du revenu, alors que de nombreux ménages peinent à couvrir leurs besoins essentiels.
Revenu réel et pouvoir d’achat : une distinction essentielle
L’économiste Ninteretse distingue clairement le revenu nominal, c’est-à-dire le montant gagné, et le revenu réel, corrigé de l’inflation. « Pour démontrer une hausse du revenu réel, il faudrait montrer que les salaires augmentent plus vite que les prix, que le revenu par habitant progresse en termes réels et que la consommation des ménages s’améliore. Or, la hausse des taxes ne permet pas de mesurer ces éléments. » Souligne M.Ninteretse.
Cet économiste ajoute : « L’augmentation des taxes sur le carburant entraîne une hausse générale des prix, la taxation accrue des produits de première nécessité réduit le pouvoir d’achat, et les frais administratifs ainsi que les taxes locales pèsent davantage sur les petits commerçants. Dans ces situations, l’État collecte davantage de ressources, mais la population dépense plus sans voir ses revenus augmenter. »
Conclusion
Faux. La hausse des taxes et des impôts ne prouve pas que le revenu des Burundais a augmenté. Selon les principes économiques, l’analyse d’expert et les observations de l’Olucome, cette augmentation peut résulter d’une inflation élevée, d’une pression fiscale accrue ou d’une amélioration de la collecte fiscale. En conclusion, l’affirmation du chef de l’État n’est pas fondée sur des indicateurs reconnus du revenu ou du pouvoir d’achat et elle est donc incorrecte.
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