Malgré les déclarations assurées du ministre burundais des Affaires étrangères affirmant le maintien des troupes en RDC et leur liberté d’action, les faits démontrent une réalité opposée : repli en urgence, pertes conséquentes, prisonniers de guerre et débandade face à la poussée de l’AFC/M23 et Twigwaneho. Enquête et témoignages.
Lundi dernier, après une rencontre avec les diplomates accrédités au Burundi, le ministre burundais des Affaires étrangères, Ambassadeur Édouard Bizimana, assurait devant la presse que les troupes burundaises resteront dans l’Est de la RDC tant que les accords bilatéraux Congo–Burundi demeurent en vigueur.
Il avait déclaré, avec fermeté : « Nous ne pouvons pas retirer nos troupes déployées dans l’Est de la RDC tant que les accords bilatéraux demeurent en vigueur. Nous encourageons nos militaires qui jouissent du droit de circuler partout sur le sol congolais. Sauf le gouvernement du Congo, personne n’a la latitude de les faire sortir de la RDC. »
Pourtant, quelques heures seulement après cette sortie médiatique, la réalité du terrain est venue contredire point par point ce discours officiel.
Une retraite forcée sous la pression de l’AFC/M23 et des Twigwaneho
La progression fulgurante de la coalition AFC/M23 et Twigwaneho vers Uvira, au Sud-Kivu, a pris de court les positions burundaises installées notamment à Kamanyola, Sange et Kiliba.
Des témoignages recueillis auprès de militaires burundais ayant réussi à regagner le pays décrivent une situation de déroute totale : pertes humaines très élevées, blessés graves et plusieurs soldats capturés.
À Kiliba : une ligne de défense qui s’effondre
Un officier burundais présent sur place raconte une scène chaotique : « Nous étions deux bataillons burundais, trois compagnies des Hiboux (Garde présidentielle congolaise), et un groupe armé d’environ 150 combattants que je n’ai pas pu identifier. On avait organisé la défensive en trois lignes, mais vers 14 h, les Hiboux ont fui avant même l’arrivée de l’ennemi… »
L’officier poursuit : « Des drones nous survolaient, les bombes tombaient en masse. Nos missiles étaient en panne. Sans moyens, encerclés, nos chefs ont ordonné le repli vers Gatumba pour entrer au Burundi. Nous sommes arrivés à 19 h. »
Ce témoignage rejoint les informations d’officiers burundais affirmant que quatre bataillons ont depuis été redéployés à Mudubugu, dans l’ancienne province de Bubanza, quatre autres à Muzinda, ainsi que deux bataillons dans les camps de Gatumba et Cibitoke.
Des pertes lourdes et des prisonniers nombreux
Selon plusieurs sources militaires, des centaines de soldats burundais auraient été tués, d’autres blessés ou capturés, et certains enterrés dans des fosses communes, faute de moyens logistiques pour rapatrier les corps.
Des familles à Bujumbura, déjà en colère ces derniers mois, affirment que l’armée impose un protocole strict lors des enterrements, interdisant même de pleurer publiquement.
Des troupes encore coincées dans les Hauts Plateaux
Malgré la fuite d’une partie des troupes vers le Burundi, six bataillons seraient toujours retranchés dans les hauts plateaux de Mwenga, en attente d’ordres de Bujumbura pour se retirer.
Pendant ce temps, l’AFC/M23 et les Twigwaneho ont dénoncé dans un communiqué :« Une campagne d’extermination contre les civils tutsis Banyamulenge à Minembwe, avec usage aveugle de bombes et d’artillerie lourde. »
Des négociations dans l’urgence et une menace de guerre régionale
Selon SOS Médias Burundi, Gitega serait désormais contrainte de demander un passage humanitaire pour récupérer ses soldats restants.
Des informations non confirmées évoquent des réunions de crise à Bujumbura entre autorités militaires et civiles du Burundi et de la RDC pour analyser la défaite et définir une nouvelle stratégie.
Cette situation intervient après les avertissements répétés du président Évariste Ndayishimiye, qui, en février dernier, affirmait qu’une chute d’Uvira aux mains de l’AFC/M23 pourrait mener à un affrontement direct entre le Burundi et le Rwanda, accusé de soutenir le M23.
Conclusion : un discours officiel démenti par la réalité militaire
Les déclarations du ministre Édouard Bizimana, affirmant que personne ne pouvait faire sortir les troupes burundaises de RDC, se révèlent aujourd’hui en contradiction flagrante avec la retraite précipitée des forces burundaises, les pertes importantes subies, les défections alliées, les positions abandonnées face à la coalition AFC/M23 – Twigwaneho et la désorganisation logistique révélée par les témoignages des soldats.
L’armée burundaise, loin de bénéficier d’une liberté d’action sur le sol congolais, s’est retrouvée sous-équipée, encerclée et obligée de battre en retraite.
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Photo : Édouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères, qui assure que les troupes burundaises resteront en RDC tant que les accords bilatéraux demeurent en vigueur. © DR
