Le gouvernement tanzanien a récemment publié une liste comprenant près de 99 % des réfugiés burundais vivant dans les camps de Nduta et Nyarugusu, dans la région de Kigoma. Ces réfugiés sont sommés de s’enrôler avant le 30 novembre 2025 en vue de leur rapatriement au Burundi. Une mesure perçue comme un rapatriement forcé, que dénoncent de nombreuses voix parmi les réfugiés burundais et les défenseurs des droits humains, y voyant une violation des conventions internationales ratifiées par la Tanzanie
Selon plusieurs réfugiés, cette décision présentée comme « administrative » cacherait en réalité une volonté délibérée de les contraindre à rentrer, en dépit du principe du retour volontaire garanti par le droit international.
Depuis des années, ils dénoncent des violations de leurs droits par le gouvernement tanzanien : confiscation des biens, destruction des champs, détentions arbitraires et disparitions forcées, fermeture des hôpitaux et des écoles, etc.
Le lundi 13 octobre 2025, trois écoles primaires du camp de Nyarugusu ont été fermées. Il s’agit des écoles primaires Uwezo, Urafiki et Furaha. Dans une correspondance envoyée au Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Filippo Grandi, le 16 septembre 2025, la Coalition pour la Défense des Droits Humains vivant dans les Camps de Réfugiés (CDH/VICAR) a dénoncé une vague de disparitions forcées visant des réfugiés burundais dans les camps de Nduta et Nyarugusu.
Les raisons sécuritaires avancées pour ne pas rentrer
D’après les réfugiés burundais, le Burundi n’offre toujours pas les garanties de sécurité et de liberté pour rentrer. Ils indiquent que certains parmi les réfugiés qui ont été rapatriés ont par la suite été portés disparus, arrêtés ou persécutés. Pour eux, tant que le climat politique et sécuritaire reste inchangé au Burundi, rentrer n’est pas une option.
Human Rights Watch rapporte que depuis octobre 2019, il a documenté comment la police et les agents des services de renseignements tanzaniens, parfois en collaboration avec les autorités burundaises, ont arrêté arbitrairement, fait disparaître de force et torturé des réfugiés et des demandeurs d’asile, leur ont extorqué de l’argent et ont renvoyé de force au moins huit d’entre eux au Burundi. Cette organisation donne l’exemple de 8 Burundais enlevés dans le camp de Nduta en juillet 2020, emprisonnés puis déportés au Burundi. Arrivés au Burundi, les autorités burundaises les ont conduits dans les prisons de Muramvya et Bubanza. « La plupart des cas suivent un schéma similaire. La police tanzanienne pénètre dans les camps de réfugiés dans la région de Kigoma au milieu de la nuit et emmène des gens. Dans certains cas, des Burundais disparaissent sans laisser de traces. »
Selon Léopold Sharangabo, président de la CDH/VICAR, ces violations se font avec la complicité de certaines autorités burundaises.
« Plusieurs indices montrent une coordination étroite entre certains responsables burundais et tanzaniens pour pousser les réfugiés au rapatriement forcé. Des réunions bilatérales, des messages politiques et des opérations conjointes témoignent d’une volonté commune de vider les camps, sans tenir compte de la situation sécuritaire réelle au Burundi », affirme-t-il.
Les conventions internationales violées
Pour M. Sharangabo, en agissant ainsi, les deux gouvernements portent une responsabilité partagée dans les violations graves des droits humains dont les réfugiés sont victimes.
Selon Maître Janvier Bigirimana, juriste et défenseur des droits de l’homme, le comportement de la Tanzanie est une grave violation du droit international des droits de l’homme plus particulièrement la Convention de Genève de 1951 sur le droit des réfugiés ainsi que la Convention internationale de lutte contre la torture.
L’article 33 de la Convention de Genève stipule :
« Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié vers un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. »
De son côté, la Convention de l’OUA de 1969 renforce ce principe :
« Le caractère essentiellement volontaire du rapatriement doit être respecté dans tous les cas et aucun réfugié ne peut être rapatrié contre son gré. »
Lors de la 76ᵉ session du Comité exécutif du HCR à Genève, le 6 octobre 2025, le représentant de la Tanzanie avait menacé que son pays serait obligé de cesser de soutenir les réfugiés burundais et d’invoquer la cessation si les efforts de rapatriement volontaire demeuraient insatisfaisants.
Conclusion
Oui, la Tanzanie est en train de violer les instruments internationaux qu’elle a ratifiés, car le principe de non-refoulement stipule que les demandeurs d’asile ne peuvent pas être expulsés vers une situation de danger tant que les raisons qui les ont poussés à fuir persistent. De plus, les réfugiés ne doivent jamais être utilisés comme des instruments de pression politique.
Quant au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), organisation humanitaire et apolitique, il doit s’opposer au rapatriement forcé, car il a reçu pour mandat des Nations Unies de protéger les réfugiés et de les aider à trouver des solutions à leur situation.
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Photo : À l’intérieur du camp de Nyarugusu, en Tanzanie, où vivent encore des milliers de réfugiés burundais désormais sommés de s’enrôler pour un rapatriement jugé forcé par plusieurs organisations de défense des droits humains. © DR
