Au cours de l’année 2025, la Ligue Iteka, organisation de défense des droits de l’homme créée en 1991, a documenté 892 victimes des allégations de violations des droits humains dans tout le pays. Ces données contrastent frontalement avec les déclarations du secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, qui affirmait pourtant, le 2 janvier 2026, lors d’une conférence de presse tenue à la permanence nationale du parti à Bujumbura, qu’« aucun Burundais n’est menacé ».
Cette déclaration faisait suite à une question relative à la sécurité du ministre des Finances, Dr Alain Ndikumana, lequel avait indiqué, le 27 décembre 2025, devant les sénateurs, avoir reçu des menaces. En réponse, le patron du parti au pouvoir avait ironisé :
« Mais enfin, quand tu dis que tu es menacé alors que tu as des policiers, veux-tu qu’on fasse venir ceux du ciel ? Dans ce pays de Ntare Rushatsi et de Ndayishimiye, qui compte 13 millions d’habitants, personne n’est menacé. »
Des rapports qui contredisent cette version
Les données issues des organisations indépendantes dressent un tableau bien différent. Dans son rapport annuel 2025 sur la situation des droits de l’homme au Burundi, publié le 21 janvier 2026, la Ligue Iteka fait état d’une dégradation grave et alarmante de la situation des droits humains. L’organisation y recense 662 incidents sur l’ensemble du territoire national, ayant fait 892 victimes.
Selon ce rapport :
« Sur un total de 892 victimes des allégations de violations documentées durant l’année 2025, 402 sont des personnes tuées, 156 sont des victimes de violences basées sur le genre (VBG), dont 104 de violences sexuelles, 53 personnes ont été torturées, 55 enlevées et 217 arrêtées. Neuf cas ont été classés dans une autre catégorie, comprenant notamment les coups et blessures ainsi que des suicides. »
La Ligue Iteka identifie plusieurs catégories de présumés auteurs, notamment les forces de l’ordre, les Imbonerakure, jeunes militants du CNDD-FDD, ainsi que des auteurs non identifiés.
« Sur les 892 victimes documentées, les présumés auteurs impliqués sont des policiers dans 83 cas, des agents du SNR dans 31 cas, des militaires dans 11 cas, des jeunes Imbonerakure dans 110 cas, des personnes non identifiées dans 73 cas liés à des règlements de compte. Cent trente-deux cas ont été classés dans d’autres catégories (citoyens ordinaires, dont des commerçants), 19 cas sont attribués à des administratifs, 18 à des infanticides, 2 à des empoisonnements et 5 à des actes de justice populaire. »
Une tendance confirmée par d’autres organisations
Les constats de la Ligue Iteka sont corroborés par SOS-Torture Burundi. Pour les trois premiers trimestres de 2025, cette organisation constate une prédominance des atteintes au droit à la vie, avec 86 cas, soit 53 % de l’ensemble des violations recensées.
« Les atteintes au droit à la vie constituent la violation la plus récurrente et la plus grave observée durant la période. Les arrestations et détentions arbitraires suivent avec 26 cas (16,1 %), puis les atteintes à l’intégrité physique avec 25 cas (15,5 %), et enfin les enlèvements et disparitions forcées avec 24 cas (14,9 %). »
À titre de comparaison, SOS-Torture Burundi avait déjà enregistré 171 cas d’atteintes au droit à la vie en 2024, ce qui confirme une tendance préoccupante.
Conclusion
Non, l’affirmation de Révérien Ndikuriyo selon laquelle « personne n’est menacé » au Burundi ne reflète pas la réalité documentée sur le terrain. En septembre 2025, une dizaine d’experts des Nations unies s’étaient déjà dit préoccupés par la hausse des violations graves des droits humains en période électorale, estimant que celles-ci servent à intimider la population au profit du parti au pouvoir.
Ces experts rappelaient que l’État burundais a l’obligation de prévenir, enquêter, poursuivre et sanctionner les auteurs de ces violations, ainsi que de réparer les préjudices causés, y compris lorsque les actes sont commis par des acteurs non étatiques.
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Photo : Le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, lors d’une conférence de presse à Bujumbura, où il a affirmé qu’« aucun Burundais n’est menacé », une déclaration contredite par les rapports d’organisations indépendantes. © DR
