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    Home » Pensions alignées sur le dernier salaire : ce que prévoyait la loi de 2022 et pourquoi le gouvernement recule en 2026

    Pensions alignées sur le dernier salaire : ce que prévoyait la loi de 2022 et pourquoi le gouvernement recule en 2026

    0
    By BURUNDI FACTS on 15 janvier 2026 Société
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    Promesse phare du président Évariste Ndayishimiye depuis 2020, l’alignement des pensions sur le dernier salaire net reste lettre morte. Malgré une loi adoptée en 2022, le gouvernement a reconnu en janvier 2026 l’impossibilité d’appliquer immédiatement la mesure, provoquant incompréhension et colère chez des retraités déjà confrontés à une forte précarité.

    La promesse formulée par le président Évariste Ndayishimiye lors de son discours d’investiture en 2020, d’aligner les indemnités de pension sur le dernier salaire net perçu avant la retraite, avait suscité un réel espoir parmi les retraités. Six ans plus tard, cet espoir s’amenuise. La décision issue du Conseil des ministres du 7 janvier 2026, qui conditionne désormais l’application de cette mesure à de nouvelles réformes, apparaît comme un report sans calendrier précis. Pour de nombreux retraités, le message est limpide : la promesse ne sera pas honorée de sitôt.

    Une promesse pourtant inscrite dans la loi

    Pour traduire cet engagement présidentiel en acte, une loi avait été promulguée en mars 2022. L’article 6 de la loi n°1/09 du 14 mars 2022 modifiant le Code de la protection sociale précise que le montant de la pension de vieillesse, d’invalidité ou de retraite anticipée « est calculé de telle manière qu’il est égal au dernier salaire net du mois précédant celui de la mise à la retraite pour limite d’âge, celui du constat de l’invalidité ou celui de la mise à la retraite anticipée ».

    Cette disposition concerne notamment les fonctionnaires, magistrats, mandataires publics, agents du secteur public ainsi que les membres des corps de défense et de sécurité admis à la retraite à partir de 2020.

    Toutefois, malgré sa promulgation, cette loi est restée inappliquée pendant près de quatre ans. Remise à l’ordre du jour lors du Conseil des ministres du 7 janvier 2026, elle a finalement été jugée inapplicable dans sa forme actuelle.

    Une réforme jugée irréaliste à court terme

    Dans le communiqué sanctionnant les travaux du Conseil, le porte-parole du gouvernement, Jérôme Niyonzima, a indiqué que des études ont démontré l’impossibilité d’appliquer immédiatement une pension équivalente au dernier salaire net. L’exécutif préconise désormais une mise en œuvre progressive, qui nécessiterait la modification de certaines dispositions légales ainsi que l’adoption de décrets d’application.

    Le Conseil des ministres a également recommandé l’inventaire des textes légaux et réglementaires fixant les pourcentages de cotisation en vigueur au Burundi, en vue de leur actualisation. L’objectif affiché est de revoir l’assiette et les taux de cotisation sociale afin de les adapter aux nouvelles ambitions du système de pension.

    Cette volte-face soulève néanmoins une interrogation centrale : comment une loi d’une telle portée a-t-elle pu être promulguée sans une évaluation préalable approfondie de sa faisabilité financière ?

    Des retraités désabusés et en colère

    Pour les retraités rencontrés, l’annonce a été vécue comme une véritable douche froide.

    « Nous attendions cette mesure depuis 2020. Apprendre aujourd’hui qu’elle ne sera finalement pas appliquée est profondément décourageant », confie un ancien employé de l’Institut national de la statistique du Burundi (INSBU).

    Une ancienne enseignante exprime la même amertume :
    « Nous espérions qu’une pension plus juste nous permettrait de vivre dignement après la retraite, sans dépendre de nos proches. »

    Beaucoup de retraités disent vivre aujourd’hui dans la misère après avoir servi l’État pendant de longues années, une situation qu’ils jugent profondément injuste. L’approche de la retraite est ainsi devenue une période d’angoisse pour de nombreux agents du secteur public.

    Un ancien cadre de l’INSBU, qui percevait 734 840 francs burundais avant son départ à la retraite en 2024, ne touche plus que 190 000 francs par mois au titre de pension.

    « Comment peut-on vivre avec moins de deux cent mille francs burundais ? Même une personne seule qui doit payer un loyer ne pourrait jamais s’en sortir », déplore-t-il.

    Face à cette précarité, certains expriment de profonds regrets :
    « Si j’avais su, j’aurais demandé une retraite anticipée pour pouvoir entreprendre autre chose avant la vieillesse. »

    Entre promesses et contradictions

    L’incompréhension est d’autant plus grande qu’en décembre 2025, le ministre des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, Alain Ndikumana, avait affirmé devant les parlementaires que le gouvernement serait en mesure d’honorer au moins 60 % des indemnités promises. Que s’est-il passé en l’espace de quelques semaines ?

    Depuis plusieurs années, le dossier des pensions est jalonné de déclarations contradictoires. En août 2023 déjà, le ministre de la Fonction publique de l’époque assurait que le processus avançait « très bien », évoquant une identification déjà achevée des bénéficiaires. « L’identification est déjà terminée, l’étape suivante sera le classement selon les années de départ à la retraite », déclarait-il alors.

    Par ailleurs, les porte-parole successifs du gouvernement et de la présidence ont régulièrement rassuré l’opinion lors d’émissions publiques, évoquant l’élaboration imminente des textes d’application, entretenant ainsi l’espoir chez les retraités.

    Une attente qui risque de se prolonger

    En attendant d’éventuelles réformes, ce sont les retraités qui continuent de payer le prix de ces atermoiements. Après des années de service à la nation, nombre d’entre eux survivent aujourd’hui dans une grande précarité, suspendus à une promesse devenue incertaine.

    ____________________________________________

    Photo : Des ministres siégeant au Conseil des ministres du 7 janvier 2026, au cours duquel le gouvernement a jugé inapplicable, dans sa forme actuelle, la loi prévoyant l’alignement des pensions sur le dernier salaire net. © DR

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