Depuis le 31 mai 2025, des vidéos montrant des heurts entre Burundais lors d’un match de football en Moselle (France), ainsi que l’arrestation de deux d’entre eux, ont enflammé les réseaux sociaux. Certains internautes ont évoqué un « transfert » du conflit ethnique burundais sur le sol français. Mais les faits révèlent une tout autre réalité : une crise de leadership interne à une association burundaise.
Ce qui s’est passé
Le 31 mai, lors de la Coupe d’Afrique de la Moselle organisée par la Plateforme des Associations Africaines de la Moselle (PAAM), une équipe représentant le Burundi est interrompue par un autre groupe de Burundais revendiquant ce droit. Le match est suspendu et deux personnes arrêtées, puis relâchées quelques heures plus tard. Le 7 juin, une scène similaire se répète. L’équipe burundaise décide alors de se retirer pour ne pas perturber la compétition.
Échauffourées lors d’un match de l’équipe représentant les Burundais à la Coupe d’Afrique de la Moselle. © DR
Derrière ces incidents, un conflit couve depuis 2024 au sein de l’Association des Burundais de Moselle (ABM), créée en 2023.
Genèse du conflit
En juin 2024, le président de l’ABM convoque une réunion pour exclure Jean Pierre Bambanze, alors secrétaire général, en raison d’un « comportement inapproprié ». En septembre, une nouvelle équipe est élue, avec Angélique Mbonihankuye comme secrétaire. Mais le tribunal de Metz rejette la demande de reconnaissance de cette équipe, estimant que l’association est déjà enregistrée… avec Jean Pierre Bambanze comme président, à la suite d’une assemblée générale tenue en juillet 2024.
Ce jugement est contesté en mars 2025 par 17 membres, dont trois fondateurs, qui saisissent la justice en affirmant que Bambanze a tenu cette assemblée sans membres légitimes. De son côté, Bambanze campe sur sa position, s’appuyant sur les documents validés par le tribunal pour défendre la légalité de sa démarche.
Pas de conflit ethnique
Les deux camps réfutent toute dimension ethnique.
Jean Pierre Bambanze affirme : « L’association est ouverte à tous, même aux ressortissants de la région EAC. »
Angélique Mbonihankuye renchérit : « On travaille en harmonie, sans clivage ethnique. »
Même son de cloche chez Claude Muyumpu, membre local : « Ce conflit est lié à l’égo, pas à l’ethnie. »
Un conflit aux relents politiques ?
Les opposants à Bambanze l’accusent de comportements perturbateurs : absence aux réunions, messages haineux, menaces, et instrumentalisation de proches pour bloquer les activités.
De son côté, Bambanze avance des motivations politiques. Il affirme que le président de l’ABM, Éric Kambaramba, aurait affiché son appartenance au CNDD-FDD lors d’une réunion en janvier 2024, suscitant l’inquiétude de certains réfugiés. L’annonce d’une possible visite souhaitée par l’ambassadeur du Burundi en France aurait renforcé ces tensions. L’avocat de Bambanze a d’ailleurs dénoncé cette ingérence présumée dans une lettre adressée au préfet de la Moselle.
Dans un Space organisé sur X le 5 juin, l’animateur des réseaux sociaux Reynolds Butari a évoqué un mélange de rivalités personnelles et d’influences politiques. Pour Claude Muyumpu, la crise découle avant tout des ambitions personnelles de Bambanze : « C’est moi ou personne ! »
Conclusion
Le conflit au sein de l’ABM est avant tout une lutte de pouvoir sur fond de tensions politiques, sans lien avec des divisions ethniques. En attendant une décision de justice, les appels à la médiation restent vains.
Des questions demeurent :
- Pourquoi les deux parties ne peuvent-elles pas attendre sereinement le jugement ?
- Pourquoi Jean Pierre Bambanze a-t-il refusé la médiation et utilisé le nom d’une association déjà existante ?
- Une association apolitique peut-elle coopérer avec un régime que certains membres ont fui ?
Pour l’heure, ces interrogations restent sans réponse.
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Photo : Intervention de la police pour interpeller des fauteurs de troubles lors d’un match de l’équipe représentant les Burundais à la Coupe d’Afrique de la Moselle. © DR
