Révérien Ndikuriyo, ancien président du Sénat (2015-2020) et actuel Secrétaire général du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a officiellement perdu son siège de sénateur, obtenu lors des élections de juillet 2025. Saisie par le président du Sénat, la Cour constitutionnelle a tranché : Ndikuriyo ne fait désormais plus partie de la chambre haute.Mais sur quelle base juridique repose cette décision ? S’agit-il d’une exclusion politique ou de l’application stricte de la loi ? Burundi Facts a vérifié.
Les articles 151 à 157 du Code électoral burundais encadrent les cas d’incompatibilité liés au mandat parlementaire :
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Articles 151 et 152 : un sénateur ne peut exercer une autre fonction publique, à l’exception de l’enseignement universitaire ;
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Article 153 : le cumul avec un poste au sein d’un gouvernement étranger ou d’une organisation internationale est interdit ;
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Article 154 : l’exercice d’une fonction incompatible entraîne automatiquement la perte du mandat parlementaire ;
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Article 157 : cette perte est juridiquement assimilée à une démission.
Le cas Ndikuriyo
Élu sénateur en juillet 2025 pour représenter la province de Burunga, Révérien Ndikuriyo n’a, dans les faits, jamais siégé au Sénat. Depuis 2021, il occupe en effet la fonction de Secrétaire général du CNDD-FDD, un poste politique de premier plan.
Si cette fonction n’est pas explicitement mentionnée comme incompatible dans le Code électoral, la loi impose néanmoins une participation effective aux travaux parlementaires. À ce titre, l’article 146 prévoit qu’un parlementaire peut perdre son mandat en cas d’absence non justifiée à deux séances consécutives.
C’est précisément cette absence prolongée — et non justifiée — qui aurait conduit le président du Sénat à saisir la Cour constitutionnelle.
Une situation déjà vécue
Ce n’est pas la première fois que Révérien Ndikuriyo se retrouve dans une configuration similaire. En 2020, il avait été élu sénateur pour l’ancienne province de Makamba. L’année suivante, son élection à la tête du CNDD-FDD l’avait déjà éloigné du Sénat, sans qu’il n’exerce réellement son mandat parlementaire.
La situation actuelle apparaît ainsi comme une répétition, avec, cette fois-ci, une procédure formelle de constat de vacance et de remplacement.
Contacté par Burundi Facts, le service de communication du Sénat confirme la perte du mandat, sans fournir davantage de précisions. « Nous attendons que son remplaçant soit connu très bientôt », a-t-il indiqué.
Conclusion
Vrai. Révérien Ndikuriyo a bien perdu son mandat de sénateur, conformément aux dispositions légales relatives à l’absence non justifiée et à l’exercice effectif du mandat parlementaire.
Toutefois, une zone grise subsiste : la fonction de Secrétaire général d’un parti politique constitue-t-elle, en soi, une incompatibilité formelle ? Ce flou juridique laisse place à l’interprétation, mais la pratique institutionnelle et la jurisprudence récente semblent désormais faire jurisprudence.
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Photo : Révérien Ndikuriyo, ancien président du Sénat et secrétaire général du CNDD-FDD, qui a officiellement perdu son siège de sénateur après une décision de la Cour constitutionnelle, sur fond d’absences prolongées et de débat sur l’incompatibilité de fonctions.
