L’Assemblée nationale burundaise a révélé de graves dysfonctionnements au sein de la Mutuelle de la Fonction publique (MFP), mettant en lumière des lacunes institutionnelles, financières et opérationnelles qui compromettent la mission historique de cette institution. À la suite d’un rapport d’audit de la Cour des comptes et des interventions parlementaires, les députés ont recommandé la création d’une commission spéciale chargée de proposer des réformes concrètes pour restaurer la transparence, améliorer l’accès aux soins et rétablir la confiance des affiliés.
Une séance plénière de l’Assemblée nationale burundaise tenue le mercredi 7 janvier 2026 a mis en lumière de graves dysfonctionnements au sein de la Mutuelle de la Fonction publique (MFP). Selon le rapport d’audit présenté par la commission permanente des affaires sociales, du rapatriement, du genre, de l’égalité des chances et de la lutte contre le SIDA, la MFP est affectée par des problèmes structurels, financiers et opérationnels. Parmi ces manquements : des lois obsolètes régissant son fonctionnement, la prolongation de mandats d’organes dirigeants arrivés à terme, une gestion peu transparente des cotisations, ainsi que des services insuffisants pour les affiliés, notamment en termes d’accès aux médicaments.
Transparence et gouvernance en question à la MFP
Les députés ont relevé que certains membres des organes dirigeants de la mutuelle continuent d’exercer malgré l’expiration de leur mandat depuis 2023. Le député Louis Kamwenubusa a indiqué que la mutuelle détient des milliards de francs burundais dans les banques commerciales, mais affiche un capital déclaré « zéro », ce qui pose des questions sur la transparence et la bonne gestion des fonds publics et des cotisations des affiliés.
Le député Dieudonné Iradukunda a critiqué l’inefficacité de la MFP : « Cette organisation ne veut pas accomplir sa mission. Il serait préférable de centraliser les cotisations dans un fonds unique et de permettre aux affiliés de se faire soigner dans différents hôpitaux, déclarant ensuite leurs dépenses pour garantir la transparence. » Cette proposition vise à pallier le manque de suivi et les problèmes de gestion observés depuis plusieurs années.
Accès limité aux médicaments et perte de confiance
Les parlementaires ont également dénoncé la qualité des services offerts par la mutuelle, surtout pour les retraités, principaux bénéficiaires. Les affiliés rencontrent des difficultés à accéder aux médicaments, souvent contraints de se déplacer entre les pharmacies de la MFP et celles privées. De plus, les médicaments fournis sont généralement des génériques, adaptés à la maîtrise des coûts mais pas toujours aux besoins spécifiques des patients, en particulier ceux atteints de maladies chroniques.
Cette situation a entraîné une perte de confiance parmi les affiliés, certains préférant se tourner vers la Carte d’Assurance Maladie (CAM), devenue obligatoire depuis février 2025. Si la CAM étend la couverture sociale, elle est elle-même confrontée à des manques de médicaments et de fournitures médicales, selon plusieurs rapports parlementaires.
Vers une commission spéciale de réforme
Face à ces constats, le député Dieudonné Manirambona a proposé la création d’une commission spéciale chargée d’étudier en profondeur les problèmes de la MFP et de proposer des solutions durables. La proposition a été adoptée à l’unanimité.
Selon le président de l’Assemblée nationale Gélase Daniel Ndabirabe, cette commission comprendra des représentants de la Présidence de la République, de la Primature et des ministères de la Santé publique, de l’Intérieur et de la Fonction publique. La Primature assurera la coordination et le suivi de ses travaux. Le ministre Gabriel Nizigama a reconnu les difficultés d’accès aux médicaments et le non-respect des contrats avec les partenaires privés concernant les prix des produits pharmaceutiques. Il n’a toutefois communiqué aucune date de lancement pour cette commission.
Une réforme indispensable pour sauver la MFP
Le constat des députés et de la Cour des comptes indique que la Mutuelle de la Fonction publique (MFP) ne remplit pas pleinement sa mission historique. La mise en place d’une commission spéciale apparaît comme une réponse nécessaire, mais son efficacité dépendra de la rigueur, de l’impartialité et de la capacité de ses membres à mettre en œuvre des réformes concrètes.
Pour rétablir la confiance des affiliés, la commission devra mettre à jour le cadre légal de la mutuelle afin de l’adapter aux exigences actuelles, renforcer la transparence et la supervision financière, garantir un accès effectif aux soins et aux médicaments pour tous les affiliés et proposer des mécanismes durables permettant de prévenir tout détournement ou gaspillage des fonds.
Conclusion
La Mutuelle de la Fonction publique traverse une crise structurelle et organisationnelle. Les manquements identifiés par la Cour des comptes et confirmés par les parlementaires justifient pleinement la création d’une commission spéciale de réforme. Toutefois, sans calendrier précis et actions concrètes, les dysfonctionnements pourraient se poursuivre, au détriment des travailleurs et retraités de l’État. Cette réforme représente donc un test crucial pour la gouvernance et la transparence des institutions publiques burundaises.
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Photo : L’Assemblée nationale burundaise lors de la séance plénière du 7 janvier 2026 consacrée à l’examen des dysfonctionnements de la Mutuelle de la Fonction publique. © DR
