Entre données lacunaires du ministère de la Santé et rapports chiffrés d’organismes internationaux, il est difficile d’avoir une vision complète de l’épidémie de mpox au Burundi. Pourtant, les chiffres indépendants tendent à raconter la même histoire : un pic dépassé et une tendance à la baisse.
Depuis que le ministère burundais de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida (MSPLS) a confirmé, le 25 juillet 2024, la présence d’une épidémie de mpox, une question revient sans cesse : peut-on se fier aux chiffres officiels ?
Comme lors de la crise du COVID-19, la communication institutionnelle reste parcellaire : bilans consolidés rares, absence de bulletins statistiques publics, aucune base de données ouverte. Faute d’informations proactives, le citoyen est plongé dans l’incertitude.
Ce que rapportent les sources internationales
Pour pallier le silence ou la lenteur de diffusion des données locales, plusieurs organismes internationaux suivent et documentent la situation :
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UNICEF Burundi (17 septembre 2024) : 564 cas confirmés, plus de 1 576 cas suspects et 1 774 alertes recensées dans 34 des 49 districts sanitaires. Les trois districts de Bujumbura constituent l’épicentre de l’épidémie.
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OCHA – Situation Report (31 janvier 2025) : 3 347 cas confirmés depuis juillet 2024, avec un décès.
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Africa CDC (7 avril 2025) : 3 242 cas confirmés, dont 81 % concentrés dans six provinces : Bujumbura Nord, Sud et Centre, Gitega, Isare et Cibitoke. Le rapport insiste davantage sur la répartition géographique que sur le nombre total de cas.
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OMS (26 février 2025) : 3 568 cas « enregistrés », avec 3 420 guérisons et 147 hospitalisations. Le choix du terme « enregistrés » peut indiquer une possible surestimation.
Pourquoi les chiffres divergent-ils ?
Les écarts observés — de l’ordre de 200 à 300 cas — entre OCHA, Africa CDC et l’OMS ne relèvent pas d’une contradiction majeure, mais s’expliquent par :
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Des dates de clôture de données différentes (31 janvier, 26 février et 7 avril 2025) ;
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Des définitions variables (« confirmés » vs « enregistrés ») ;
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Des objectifs distincts : enquête humanitaire pour OCHA, rapport de situation pour Africa CDC, suivi multi-pays pour l’OMS.
Faits vérifiés
Une tendance à la baisse
Les rapports multi-pays de l’OMS (n° 52, 53 et 56) montrent qu’à partir de février 2025, le nombre hebdomadaire de cas confirmés passe sous la barre des 50, contre plus de 200 fin 2024. Africa CDC confirme cette décrue, attribuée notamment à la décentralisation du diagnostic et à la réduction des délais pour obtenir les résultats. La concordance entre trois organismes indépendants renforce l’hypothèse d’un recul structurel de l’épidémie au premier semestre 2025.
Mortalité faible et prise en charge structurée
OCHA et l’UNICEF signalent un seul décès confirmé au 31 janvier 2025. Aucun rebond grave n’est mentionné par la suite. L’OMS note un taux élevé de guérisons (3 420 sur 3 568 cas enregistrés) et la mise en place d’une prise en charge hospitalière organisée, malgré des moyens limités.
Plusieurs centres de traitement ont été ouverts à Muyinga, Kamenge, Gitega et Kayanza, avec le soutien de l’OMS et de l’UNICEF. Ces structures ont permis de contenir la propagation et d’améliorer la gestion des patients.
Verdict
Si l’opacité du ministère burundais de la Santé entretient la suspicion — certains évoquant même une possible rétention volontaire de données —, les données convergentes d’OCHA, Africa CDC et de l’OMS montrent que le Burundi a bien traversé une épidémie significative, dépassant les 3 000 cas confirmés. Depuis février-mars 2025, la tendance est clairement à la baisse.
Le principal point faible reste l’absence de communication régulière et transparente des autorités nationales, ce qui prive le public d’une vision claire et actualisée de la situation. La vigilance demeure donc de mise.
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Photo : Un responsable mondial des incidents – Mpox de l’UNICEF discutant avec un enfant affecté à l’unité de soins MPOX de la Clinique Prince Louis Rwagasore. © UNICEF
