Alors que le président Évariste Ndayishimiye multiplie les déclarations fermes contre l’exploitation illégale des minerais, les résultats concrets tardent à se matérialiser. Une enquête publiée par King Umurundi Freedom affirme notamment qu’une saisie d’environ 100 tonnes de lithium dans les installations de l’entreprise BME, à Ngagara, n’a débouché sur aucune arrestation des personnes présentées comme propriétaires. Ces éléments nourrissent l’idée d’un chef de l’État dont l’autorité peine à s’imposer face à des réseaux plus puissants, parmi lesquels l’enquête place le président de l’Assemblée nationale, Gélase Daniel Ndabirabe.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Ndayishimiye a multiplié les avertissements contre la fraude minière. Il déclarait ainsi : « Celui qui sera surpris dans la fraude des minerais sera sévèrement puni. »
Pourtant, malgré ces prises de position répétées, les irrégularités persistent. Les saisies de minerais se multiplient, mais donnent rarement lieu à des poursuites judiciaires conséquentes. Les sanctions publiques visant des personnalités politiques influentes restent, elles, quasiment inexistantes.
Cette contradiction alimente l’idée que le président éprouve des difficultés à faire appliquer ses propres directives, notamment lorsque les dossiers touchent des acteurs fortement enracinés dans le système.
La persistance des réseaux d’influence dans le secteur minier
Le secteur minier burundais est historiquement marqué par des réseaux économiques opaques, des complicités administratives, des protections politiques et un contrôle limité du pouvoir central. Dans un tel environnement, même des annonces présidentielles fortes peinent à bousculer les intérêts établis.
L’enquête de King Umurundi Freedom, sans constituer une preuve recevable en justice, décrit néanmoins un système où certaines figures politiques disposent d’un ancrage local plus solide que l’autorité exécutive elle-même.
L’épisode des “100 tonnes de lithium”, un test manqué de la lutte anti-fraude
L’un des cas les plus illustratifs, selon l’enquête, concerne la saisie d’environ 100 tonnes de lithium stockées dans les installations de Burundi Mining Export (BME), au quartier 10 de la zone Ngagara.
L’organisation affirme que, malgré l’importance de la marchandise saisie, les personnes identifiées comme opérant autour de BME, Mayondori et Amstel n’ont fait l’objet d’aucune poursuite visible, et qu’elles continuent d’exploiter les minerais à Kabarore sans interruption apparente.
Aucune source publique indépendante ne confirme pour l’instant les détails exacts de cette saisie, mais l’écart entre les discours présidentiels et le traitement de ce dossier soulève des interrogations légitimes.
Pour l’enquête, cet épisode constitue un symbole du décalage entre les directives officielles et leur application sur le terrain.
L’influence grandissante de Gélase Ndabirabe
Le président de l’Assemblée nationale, Gélase Daniel Ndabirabe, occupe une place singulière dans l’architecture du pouvoir. Figure idéologique centrale du CNDD-FDD, positionné au sommet d’une institution stratégique et réputé proche des bases locales du parti, il apparaît, dans les perceptions relayées par l’enquête, comme un acteur dont l’autorité peut, dans certains dossiers sensibles comme celui des minerais, concurrencer celle de l’exécutif.
Ces perceptions ne constituent pas des preuves de faits illégaux, mais elles reflètent un déséquilibre des centres de pouvoir et un affaiblissement apparent de la capacité présidentielle à imposer une ligne claire dans un secteur stratégique.
Un président plus prompt à viser les lanceurs d’alerte que les auteurs présumés d’irrégularités ?
Ces derniers mois, le chef de l’État s’est montré particulièrement virulent envers des figures de la société civile telles que Faustin Ndikumana, qui dénonçaient des irrégularités dans la gestion publique.
Pour de nombreux observateurs, cette attitude renforce l’impression d’un renversement des priorités :
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les dénonciateurs seraient plus ciblés que les auteurs présumés d’abus ;
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la lutte anticorruption semblerait privilégier le contrôle du discours plutôt que les sanctions.
Un État politiquement fragmenté
Pris dans son ensemble, le tableau renvoie l’image d’un État fragmenté, où les déclarations présidentielles ne suffisent pas à transformer les pratiques. Certaines figures du système disposent d’un pouvoir autonome, et la lutte contre la fraude minière reste largement déclarative.
Conclusion
L’enquête de King Umurundi Freedom met en lumière un phénomène plus large : le président Évariste Ndayishimiye semble peiner à imposer son autorité dans un secteur minier dominé par des réseaux puissants, bien implantés et difficiles à démanteler.
Dans cette configuration, Gélase Ndabirabe apparaît, du moins dans les perceptions publiques et politiques, comme un acteur central, mieux enraciné et en mesure d’influer sur les dynamiques locales comme nationales.
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Photo : Le président de l’Assemblée nationale, Gélase Daniel Ndabirabe, qui voit son influence régulièrement évoquée dans plusieurs dossiers sensibles, dont celui du secteur minier. © DR
