Du 4 au 5 septembre 2025 à Muyinga, puis le 10 septembre à Gitega, le CNDD-FDD, parti au pouvoir, a tenu une retraite politique de haut niveau réunissant les plus hautes autorités du pays. Parmi les participants figuraient notamment le chef de l’armée, celui de la police nationale, ainsi que le procureur général de la République. Une présence remarquée qui suscite des interrogations quant à sa conformité avec les principes de neutralité institutionnelle et d’impartialité imposés par la loi.
La Constitution du Burundi, en vigueur depuis 2018, établit clairement le principe de neutralité politique des institutions étatiques, notamment celles de la défense, de la sécurité et de la justice. L’article 262 stipule que : « Les corps de défense et de sécurité sont organisés de manière à garantir l’unité en leur sein, la neutralité politique des membres ainsi que l’impartialité dans l’accomplissement de leurs missions. »
Cela implique une obligation de réserve stricte de la part des responsables militaires et policiers, en ce qui concerne toute activité à caractère politique ou partisan.
Du côté de la justice, l’article 214 de la même Constitution garantit l’indépendance du pouvoir judiciaire et impose aux magistrats une conduite neutre et impartiale. Les lois organiques encadrant la magistrature et le statut des magistrats renforcent également cette obligation, interdisant toute affiliation ou activité politique ouverte.
En plus, le statut des officiers militaires et celui des policiers insiste sur leur obligation de neutralité politique. L’article 23 du statut des officiers militaires, par exemple, indique : « qu’il est particulièrement interdit à l’officier d’adhérer aux partis politiques, associations ou mouvements à caractère politique. »
Une pratique tolérée dans le contexte politique burundais ?
Selon Pie Ndayikunda, consultant en droit public, même si la Constitution du Burundi et les lois spécifiques garantissent la neutralité politique des institutions régaliennes (armée, police, justice), la réalité observée depuis plusieurs années semble indiquer une certaine tolérance politique et institutionnelle vis-à-vis de leur participation à des activités partisanes, en particulier celles du parti au pouvoir.
« Au fil des années, la confusion entre les sphères politique et institutionnelle est devenue presque banalisée. Il n’est pas rare de voir des officiers supérieurs ou des hauts magistrats participer à des événements organisés par le CNDD-FDD, souvent sous couvert de « retraites de réflexion nationale » ou « réunions de mobilisation ». Ces activités sont parfois présentées comme étant d’intérêt national, même lorsqu’elles sont organisées par une entité strictement politique », explique Ndayikunda.
Pour cet expert, cette tolérance peut s’expliquer par :
– Le poids historique du parti CNDD-FDD dans la structuration de l’État post-conflit,
– L’absence d’une séparation stricte et effective entre le parti au pouvoir et l’appareil étatique,
– La culture politique dominante, où la loyauté au parti rime parfois avec l’ascension ou le maintien dans certaines fonctions sensibles.
« Même si, sur le plan légal, ces pratiques peuvent poser problème, elles s’inscrivent dans une dynamique de gouvernance burundaise où les lignes entre fonction publique et appartenance politique sont souvent floues, voire stratégiquement maintenues », conclut-il.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye lors de la retraite politique du CNDD-FDD, à laquelle participaient le chef de l’armée, le directeur général de la police nationale et le procureur général de la République. © Présidence du Burundi
