Au Burundi, plusieurs associations de défense des droits humains dénoncent un système d’extorsion auquel sont soumis de nombreux nouveaux détenus. Pour être « acceptés » par leurs codétenus, ils doivent verser entre 50 000 et 200 000 francs burundais, une pratique appelée « frais de bougie ». Selon Aluchoto et Ntabariza, certaines autorités pénitentiaires et policières ferment les yeux, voire participent à ce réseau. Ces accusations soulèvent de graves interrogations sur la corruption, la protection des prisonniers et le fardeau financier imposé aux familles.
Dans plusieurs cachots et prisons, les nouveaux arrivants seraient confrontés à un mécanisme d’extorsion structuré.
Vianney Ndayisaba, coordinateur national d’ALUCHOTO, explique :
« Dans plusieurs cachots, il existe ce qu’on appelle les frais de bougie. Un détenu qui ne paie pas entre 50 000 et 200 000 francs risque d’être tabassé. »
L’organisation appelle les autorités pénitentiaires, y compris les directeurs de prisons, la police et les services sociaux, à intervenir pour mettre fin à ces abus.
Un terme innocent, une pratique lucrative
Le mot « bougie » servirait d’euphémisme pour désigner ce racket.
Jean Marie Nshimirimana, président de Ntabariza SPF, détaille :
« Dès leur arrivée, les nouveaux détenus sont pris à partie et extorqués d’une somme destinée à ‘acheter une bougie’. »
Les montants varient selon les lieux de détention : 50 000 à 200 000 FBu en prison, 10 000 à 100 000 FBu dans certains cachots. Des frais supplémentaires de 2 000 à 5 000 FBu seraient également exigés pour des visites ou l’accès à certains services.
Une partie de cet argent irait aux détenus-chefs, surnommés Nyumbakumi, et à des policiers complices.
Si l’origine du terme fait référence à l’éclairage, dans les faits, il s’agit d’un racket informel bien établi.
Violences, intimidation et conséquences sociales
Les détenus incapables de payer seraient tabassés, isolés ou privés de nourriture et de colis. Dans certains cas, des policiers fourniraient des téléphones pour permettre aux détenus d’appeler leurs familles afin d’obtenir l’argent demandé.
Les familles pauvres sont particulièrement pénalisées, et cette culture de peur favorise la violence, la radicalisation et la criminalité, plutôt qu’une réelle réinsertion.
Un système pénitentiaire miné par la corruption
Selon l’OC Index (Organized Crime and Corruption Reporting Project), la corruption reste profonde dans le système pénitentiaire burundais.
L’ONG ACAT-Burundi rapporte qu’à la prison centrale de Mpimba, un simple emplacement pour dormir pourrait coûter jusqu’à 7 millions de FBu, illustrant le degré de favoritisme et de marchandisation de l’espace carcéral.
Me Fabrice Bigirimana, avocat spécialisé en droits humains, met en garde :
« Le coût social de ces pratiques est élevé : les familles dépensent des sommes imprévues, et l’État supporte le coût des détentions prolongées. »
Appels à des réformes urgentes
Aluchoto et Ntabariza demandent des sanctions contre les membres du personnel pénitentiaire et les policiers complices, ainsi qu’une réforme du processus d’accueil des prisonniers. Ils plaident pour :
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l’amélioration des conditions matérielles (lumière, nourriture, organisation des cellules)
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la séparation des détenus selon les profils
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l’information aux familles que ces frais ne sont ni officiels ni légitimes
La CNIDH a déjà mené des visites inopinées et confirmé des violations graves des droits humains. Pour Jean Marie Nshimirimana, ces mesures sont essentielles pour restaurer l’État de droit.
Conclusion
Les « frais de bougie » illustrent un système carcéral où la corruption fragilise les droits des détenus et aggrave la charge financière des familles. Mettre fin à cette pratique exige des sanctions, de la transparence et de l’amélioration des conditions de détention, afin de protéger les prisonniers et renforcer la justice au Burundi.
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Photo : Surpopulation carcérale : l’intérieur d’une cellule dans une prison burundaise. © DR
