Le Premier ministre Gervais Ndirakobuca a présenté le 10 avril 2025 un rapport faisant état d’un taux d’exécution budgétaire élevé pour plusieurs projets routiers. Mais sur le terrain, ces chiffres sont contredits par des témoignages et des élus locaux. Le chef du gouvernement aurait-il été mal informé ?
Le 10 avril 2025, le Premier ministre Gervais Ndirakobuca a présenté devant le parlement réuni en congrès le rapport de mise en œuvre du Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA) pour le premier semestre de l’exercice 2024–2025. Conformément à l’article 168 de la Constitution du Burundi, le parlement évalue tous les six mois la mise en application du programme gouvernemental.
À cette occasion, le chef du gouvernement a affirmé que le taux de réalisation physique des activités atteignait 70,53 %, tandis que l’exécution budgétaire s’élevait à 67,93 %. Il a attribué les contre-performances à des facteurs conjoncturels, tels que le manque de devises ou de carburant.
Mais ces chiffres tiennent-ils la route ? Nous avons vérifié certaines des réalisations annoncées, notamment dans le secteur du pavage des centres urbains de Kayanza, Cankuzo et Muyinga.
Affirmation 1 : 2 km de voirie pavés à Kayanza
Selon le Premier ministre, les 2 km de voirie prévus au centre urbain de Kayanza ont été entièrement pavés, les travaux sont achevés, et les fonds correspondants ont été totalement déboursés.
Or, d’après un journaliste basé à Kayanza que nous avons contacté, les travaux de pavage proprement dits n’ont même pas commencé. « Les pierres sont façonnées et disponibles, mais le pavage n’a pas commencé », nous a-t-il confié.
S’il ne s’agit que des travaux préparatoires, de quel pavage achevé parle donc le Premier ministre ?
Affirmation 2 : un taux de réalisation de 100 % à Cankuzo
Toujours selon le rapport, le pavage de 2 km au centre urbain de Cankuzo est terminé à 100 %. Mais cette affirmation a été contestée au sein même du parlement. Le sénateur Désiré Njiji, élu de cette circonscription, a soulevé des incohérences : « Les chiffres annoncés ne reflètent pas la réalité observée sur le terrain. Je suis allé à Cankuzo il y a une semaine, même les caniveaux ne sont pas terminés. »
Nous avons également vérifié sur place. Un résident du centre urbain de Cankuzo nous a déclaré que « les activités sont toujours en cours, les travaux avancent lentement ». En d’autres termes, le chantier n’est pas terminé.
Affirmation 3 : 1 km achevé sur 2 prévus à Muyinga
À Muyinga, le rapport évoque qu’un kilomètre a été achevé sur les deux prévus. Mais cette version diverge de celle du sénateur Pacifique Ndihokubwayo, élu dans cette circonscription. Selon lui, la première phase du projet concernait le pavage de 5 km, désormais achevés. C’est la deuxième phase, portant sur 2 km supplémentaires, qui reste inachevée.
Sur le terrain, la réalité semble plus nuancée encore. D’après nos vérifications, le projet initial prévoyait 5 km de voirie, réduits à 3 km pour des raisons budgétaires. Un résident nous rapporte que 2 km ont effectivement été pavés, mais qu’une portion d’environ 1 km autour du stade Umuco n’a pas encore été traitée : « Ils ont fait les travaux préliminaires : chargement avec de la latérite, compactage, caniveaux… mais le pavage se fait par intermittence. Ils viennent un jour pour faire 10 mètres, puis disparaissent plusieurs jours. »
Des chiffres officiels contestés
Le rapport du Premier ministre soulève donc des interrogations. A-t-il été mal informé par les services du ministère en charge des infrastructures ? Ces services ont-ils pris pour argent comptant les déclarations des entreprises adjudicataires, sans vérification sur le terrain ?
Autre point d’interrogation : le paiement annoncé de 1 milliard 400 millions de BIF pour chaque portion de 2 km pavés. Si l’on en croit le rapport, les travaux à Kayanza et Cankuzo ont été exécutés à 100 %, ce qui signifie que 2 milliards 800 millions de BIF auraient été entièrement versés. Mais si les travaux sont loin d’être achevés, où est donc passé cet argent ?
