Le 5 août 2025, le président Évariste Ndayishimiye a nommé Dr. Édouard Bizimana ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, en remplacement d’Albert Shingiro. À peine installé, Bizimana a promis de « promouvoir les relations régionales et internationales du Burundi sur la base de la paix et du respect mutuel ». Pourtant, son profil soulève de nombreuses interrogations. Connu pour ses positions radicales contre certains voisins, sa complaisance envers les FDLR et ses attaques répétées contre l’Ouganda, il apparaît difficile de concilier son discours de réconciliation avec ses antécédents. Ce fact-checking confronte ses promesses aux faits documentés.
Dans ses premières déclarations officielles, Dr. Bizimana a présenté le Burundi comme un « acteur de paix » dans la région des Grands Lacs. Mais ses prises de position publiques racontent une toute autre histoire.
Hostilité envers le Rwanda
Le nouveau ministre s’est illustré par un discours agressif à l’égard de Kigali. Sur son compte X, il affirmait récemment : « La carte FDLR ne fonctionne plus. »
Or, cette déclaration contredit les conclusions de plusieurs instances internationales. Le Conseil de sécurité de l’ONU et le Groupe d’experts sur la RDC soulignent que les FDLR, composés en grande partie d’anciens responsables du génocide de 1994, restent un facteur majeur d’instabilité régionale. Un rapport de l’Institute for the Study of War, publié en mars 2025, confirme même la collaboration persistante entre les autorités burundaises et les FDLR, en dépit des risques pour la sécurité régionale.
Attaques contre l’Ouganda
En février 2025, Bizimana s’en est pris directement au général Muhoozi Kainerugaba, commandant des forces de défense ougandaises, l’accusant « d’exposer sa vulnérabilité » en soutenant le M23. Son commentaire, « Le monde vous observe », a été jugé peu diplomatique, surtout venant d’un haut responsable chargé de promouvoir la coopération régionale.
Des alliances douteuses avec les FDLR
L’un des points les plus préoccupants reste son ambiguïté à propos des FDLR. Là où la communauté internationale les identifie comme un acteur clé du chaos à l’est du Congo, Bizimana minimise systématiquement leur dangerosité.
Il déclarait encore récemment : « Les FDLR ne posent plus de problème au Rwanda ; c’est juste un prétexte pour exploiter la RDC. »
Une telle position interroge : comment ignorer les nombreux rapports documentant les exactions de ce groupe armé ? Depuis la rupture diplomatique entre Bujumbura et Kigali en 2023, plusieurs sources ont d’ailleurs fait état d’une coopération tacite entre le Burundi et les FDLR.
Une continuité avec Albert Shingiro
L’arrivée de Bizimana n’est pas une rupture, mais plutôt une confirmation de la ligne dure du régime. Son prédécesseur, Albert Shingiro, avait déjà terni les relations avec Kigali en adoptant des positions négationnistes sur le génocide des Tutsi de 1994 lorsqu’il était ambassadeur à l’ONU.
Bizimana, homme du sérail et connu pour ses positions rigides, semble incarner cette stratégie diplomatique nationaliste, marquée par la méfiance et la confrontation.
Des actes contradictoires avec son discours
Lors de sa prise de fonction le 6 août 2025, Bizimana a promis de « renforcer la diplomatie de proximité et restaurer la coopération régionale ». Mais plusieurs faits contredisent ces engagements :
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Il a publiquement humilié un diplomate burundais, Frédéric Ngoga, pour avoir corrigé une erreur d’une ministre congolaise qui évoquait un prétendu génocide des Hutus au Burundi en 1994.
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Il continue de défendre la présence militaire du Burundi à l’est de la RDC, alors même que la SADC s’est officiellement retirée et que des appels à la désescalade se multiplient.
Ces épisodes renforcent l’image d’un responsable davantage porté vers l’affrontement idéologique que vers la recherche d’un consensus régional.
Conclusion : un diplomate de rupture plus que de réconciliation
La nomination du Dr. Édouard Bizimana traduit une orientation assumée du régime Ndayishimiye : un nationalisme diplomatique centré sur la défense des intérêts du Burundi, même au prix d’une confrontation avec ses voisins.
Ses prises de position hostiles envers le Rwanda et l’Ouganda, sa complaisance vis-à-vis des FDLR et ses attaques contre ses propres collègues traduisent une ligne dure, difficilement compatible avec l’apaisement régional qu’il prétend incarner.
Tant que cette diplomatie de défiance prévaudra, les chances d’une réconciliation durable entre le Burundi et le Rwanda, ou d’une coopération régionale équilibrée, resteront extrêmement limitées.
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Photo : Dr. Édouard Bizimana succède à Albert Shingiro au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale © DR
