Le président burundais Évariste Ndayishimiye a affirmé que des devises circulaient dans le pays, citant plusieurs événements internationaux organisés en 2024. Mais cette déclaration est-elle fondée sur des faits vérifiables ? Nous avons enquêté.
Le vendredi 28 mars 2025, lors d’une rencontre avec les opérateurs économiques de la Chambre Fédérale du Commerce et d’Industrie du Burundi (CFCIB), le président Évariste Ndayishimiye a affirmé que des devises circulaient bel et bien dans le pays. Pour étayer son propos, il a cité plusieurs événements internationaux organisés en 2024, notamment le Forum des femmes leaders, le 23ème Sommet du COMESA en octobre et la Table ronde des investisseurs en décembre. Selon lui, ces rencontres ont attiré des participants étrangers, entraînant une entrée de devises dans l’économie burundaise. Il a déclaré : « Pouvez-vous vraiment me démontrer qu’il n’y a même pas cinq millions de dollars qui sont entrés ? »
Cette affirmation sous-entend que ces événements ont significativement alimenté les réserves de devises du pays. Nous avons donc enquêté pour vérifier sa véracité.
La tenue des événements internationaux : un fait avéré
Vrai. Les trois événements mentionnés ont bien eu lieu :
- Le Forum des femmes leaders en octobre 2024 a réuni des personnalités étrangères.
- Le Sommet du COMESA, rassemblant les délégations des pays membres, s’est tenu le même mois.
- En décembre, la Table ronde des investisseurs visait à attirer des capitaux étrangers.
Ces événements ont probablement généré des dépenses en devises de la part des participants (hébergement, transport, restauration). Toutefois, cela ne signifie pas automatiquement que ces flux financiers ont eu un impact significatif sur les réserves de devises du pays. Une partie des transactions peut avoir été effectuée via des circuits financiers extérieurs, limitant ainsi l’injection directe de devises dans l’économie burundaise.
Une crise persistante des devises au Burundi
Les données disponibles indiquent que le pays fait face à une pénurie critique de devises étrangères :
- Selon le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque de la République du Burundi (BRB), les réserves de change étaient estimées à moins d’un mois d’importations en 2023.
- Le pays doit continuellement acheter des produits à l’étranger pour satisfaire ses besoins essentiels (carburant, matières premières, denrées alimentaires), exerçant une pression constante sur les réserves de devises.
- Un marché noir du dollar s’est développé, où le taux de change est nettement supérieur au taux officiel, témoignant d’une forte demande non satisfaite en devises.
Dans ce contexte, bien que les événements internationaux aient pu occasionner des entrées ponctuelles de devises, celles-ci restent insuffisantes pour résoudre la crise structurelle de liquidité que traverse le pays.
L’affirmation sur les cinq millions de dollars : non vérifiable
Aucune donnée officielle ne permet de confirmer ou d’infirmer que ces événements ont généré au moins cinq millions de dollars de flux financiers.
- Absence de rapports financiers : à ce jour, aucune institution burundaise n’a publié de chiffres précis sur l’impact de ces événements en termes de devises.
- Difficulté de traçabilité : les transactions effectuées par les participants étrangers peuvent avoir été traitées via des comptes bancaires à l’étranger, réduisant leur impact direct sur l’économie burundaise.
- Comparaison avec les exportations : en 2021, les exportations du Burundi (café, thé, or) ont généré environ 150 millions de dollars sur toute l’année. Il semble donc difficile d’affirmer que cinq millions de dollars ont été injectés dans l’économie burundaise en quelques mois par des événements ponctuels.
Conclusion
La présence d’événements internationaux au Burundi en 2024 est un fait avéré. Toutefois, affirmer qu’ils ont généré une entrée significative de devises dans l’économie burundaise reste non vérifiable en l’absence de données officielles. De plus, les rapports du FMI et de la BRB montrent que le pays fait toujours face à une grave pénurie de devises. Ainsi, si des entrées ponctuelles de devises ont pu avoir lieu, elles ne suffisent pas à pallier la crise structurelle que traverse le Burundi en matière de liquidités en devises étrangères.
