Le 7 mai 2025, le gouvernement burundais a doublé le prix d’achat du café cerise, une mesure saluée par le média Ikiriho comme un tournant « historique » pour les caféiculteurs. Mais derrière l’annonce, qu’en est-il réellement pour ceux qui cultivent le café au quotidien ? Burundi Facts a vérifié.
Le 7 mai 2025, le Conseil des ministres a revu à la hausse le prix du café cerise. Il est passé de 1 380 BIF à 2 800 BIF. Pour le journal en ligne Ikiriho, ce prix doublé redonne « espoir et dignité » aux producteurs burundais. Pourtant, ce n’est ni l’avis de plusieurs caféiculteurs interrogés ni celui des économistes spécialisés.
« La filière café burundaise vit une véritable révolution », affirme Ikiriho, qui salue cette « revalorisation historique » comme un tournant décisif. Selon ce média, le prix à la production était jusque-là « anormalement bas », ce qui décourageait la relève et favorisait les circuits parallèles vers les pays voisins.
Ikiriho voit dans cette décision une volonté politique claire de « restaurer la justice économique » et d’améliorer les conditions de vie des producteurs. La hausse du prix serait, selon eux, un « levier de transformation économique et sociale », en augmentant le pouvoir d’achat et en valorisant le travail des caféiculteurs.
Notre verdict : cette hausse reste largement insuffisante au vu des coûts de production.
Un caféiculteur de la province de Kayanza, tout en saluant cette augmentation, estime que le prix reste bien en dessous de ce que souhaitent les producteurs. Il explique : « Actuellement, nous sommes en pleine cueillette et devons payer les journaliers jusqu’à 5 000 BIF chacun, du matin jusqu’à midi. De plus, nous devons transporter le café jusqu’à l’usine située à plus de 5 km de chez nous. Ceux qui le transportent à vélo facturent 100 BIF par kilo, soit 10 000 BIF pour 100 kg. Avec tous les autres coûts liés à la culture, on constate que nous ne gagnons presque rien. »
(Source : Burundi Eco, 9 mai 2025)
Des chiffres qui ne tiennent pas face aux réalités économiques
L’économiste André Nikwigize pointe également les limites de cette hausse : « Le prix de 2 800 BIF par kilo est insignifiant, compte tenu du prix offert sur les marchés internationaux (6,8 $US/kilo à New York), du niveau d’inflation (+40 %) et de la dépréciation de la monnaie burundaise (plus de 300 % par rapport au dollar US). »
Au taux du marché parallèle, 2 800 BIF équivalent à environ 0,30 $US.
Selon lui, les paysans burundais ne perçoivent même pas 1 dollar par kilo vendu, alors que la même quantité peut rapporter jusqu’à 4,5 $US en Tanzanie. Ce déséquilibre pousse certains producteurs à envisager la contrebande, ou à abandonner la culture du café au profit de cultures vivrières plus rentables. « Le caféier prend 3 à 4 ans pour arriver à maturité. Il faut des engrais, des pesticides, de la main-d’œuvre, du temps. Comparé aux cultures vivrières ou à l’élevage, cela devient un effort colossal pour peu de rendement. »
Une fiscalité écrasante, un système déséquilibré
Jean Ndenzako, un autre économiste, dénonce également un système qui pénalise les producteurs : « Le producteur ne reçoit que 6,90 % du prix FOB (Free On Board), soit 0,37 USD par kg. La fiscalité et les divers prélèvements représentent 45,10 %. Le ratio prix FOB/prix au producteur est de 14,5 au Burundi, contre 4 à 6 dans les pays voisins. »
Selon lui, un prix de 7 000 BIF/kg (0,93 USD/kg) serait un minimum pour couvrir les coûts de production. Il appelle à une réforme profonde du système, trop favorable aux intermédiaires et à une fiscalité excessive.
Conclusion : un prix en hausse, mais toujours loin du compte
Le constat est clair : les 2 800 BIF (environ 0,37 USD) offerts aux producteurs ne permettent pas de couvrir les coûts réels de production. Sur le marché international, le café burundais est pourtant vendu jusqu’à 8,64 USD le kilo.
Comme le souligne André Nikwigize : « Sans subventions de l’État, un encadrement technique et une rémunération conséquente, les superficies dédiées au café vont progressivement être converties en cultures vivrières ou en élevage, qui sont aujourd’hui plus rentables. »
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Photo : Un ouvrier agricole étale les graines de café pour les faire sécher au soleil
