La fermeture de la frontière burundo-congolaise de Gatumba a-t-elle réellement paralysé le commerce local ? Témoignages, observations de terrain et données économiques montrent que cette mesure sécuritaire a eu des effets immédiats et mesurables sur les échanges transfrontaliers et les revenus des commerçants à Bujumbura.
Depuis le 9 décembre 2025, le Burundi a fermé sa frontière avec la République démocratique du Congo au niveau de Gatumba en province de Bujumbura, à la suite de la prise de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu, par le groupe armé M23. Cette mesure sécuritaire, bien que motivée par un contexte régional instable, a eu des répercussions immédiates sur le commerce transfrontalier, vital pour de nombreux acteurs économiques.
Chez Sion, la chute des échanges burundo-congolais se fait sentir
Au marché de Chez Sion, dans la mairie de Bujumbura, habituellement animé par les échanges entre commerçants burundais et congolais, l’impact est visible. La clientèle a chuté et plusieurs produits importés ont disparu.
« Nous importions des pagnes en provenance d’Uvira. Depuis la fermeture de la frontière, ces pagnes sont devenus rares et très chers », témoigne un commerçant rencontré sur place. Cette pénurie a entraîné une hausse des prix, rendant certains articles inaccessibles à une partie de la clientèle.
Les commerçants confirment également la disparition d’une clientèle clé. « Ce sont surtout les Congolais qui achetaient en grande quantité des assiettes en plastique et d’autres articles. Aujourd’hui, ils ne viennent plus », explique un autre vendeur.
Des chiffres en forte baisse
Avant la fermeture de la frontière, certains commerçants affirment réaliser jusqu’à 200 000 francs burundais par jour grâce aux échanges transfrontaliers. Aujourd’hui, leurs revenus ont chuté de manière drastique, parfois réduits à une fraction de ce montant, voire à zéro pour certains jours.
Ces affirmations sont corroborées par les observations de terrain : moins de marchandises, moins de clients et des horaires de travail réduits. Pour les commerçants sans réserve financière, la situation devient critique.
Le transport transfrontalier à l’arrêt sur l’axe Bujumbura–RDC
Le secteur du transport n’est pas épargné. Les bureaux de transport en commun reliant Bujumbura à la RDC, notamment sur le tronçon de Gatumba, ont vu leur activité s’effondrer. Plusieurs agences ont fermé temporairement ou définitivement, laissant des chauffeurs et des employés sans emploi.
Lors de notre passage dans une zone réservée aux agences congolaises, aucun passager n’était visible. Les chauffeurs confirment qu’ils ne trouvent plus de clients, les Congolais ne traversant plus la frontière.
Une frontière clé pour les petits commerçants
Au-delà des grands échanges, la frontière de Gatumba jouait un rôle essentiel pour les petits commerçants. « Même ceux qui vendaient des tomates, des oignons ou des poivrons profitaient de cette frontière pour exercer leurs activités », explique un commerçant. Aujourd’hui, ces petits acteurs économiques sont eux aussi à l’arrêt.
La majorité des travailleurs du marché de Chez Sion étant d’origine congolaise, cette situation touche particulièrement cette communauté, déjà fragilisée par l’insécurité dans l’est de la RDC.
Conclusion
Les éléments recueillis sur le terrain confirment que la fermeture de la frontière de Gatumba a effectivement perturbé le commerce entre le Burundi et la RDC. Baisse de la fréquentation, pénurie de produits, chute des revenus, fermeture d’agences de transport et chômage sont autant d’indicateurs concordants.
Si la décision des autorités burundaises s’inscrit dans un contexte sécuritaire sensible, ses conséquences économiques sont réelles et immédiates. Pour de nombreux commerçants, la réouverture de la frontière apparaît aujourd’hui comme le seul espoir de relancer leurs activités et de retrouver une stabilité économique.
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Photo : Parking presque désert d’une agence de transport en commun reliant Bujumbura à la RDC, conséquence directe de la fermeture de la frontière de Gatumba.
