Chaque 15 septembre, le monde célèbre la Journée internationale de la démocratie, instituée par les Nations Unies en 2017 pour inciter les États à consolider ce système politique. Au Burundi, le régime se dit démocratique. Pourtant, nombre d’hommes politiques et d’acteurs de la société civile estiment que les principes fondamentaux de la démocratie ont perdu toute substance.
La démocratie est un système politique où le pouvoir appartient au peuple, directement ou indirectement. La définition la plus courante reste celle d’Abraham Lincoln : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. »
Elle repose sur quatre piliers essentiels, notamment le respect des libertés fondamentales, la séparation des pouvoirs, la tenue d’élections libres et régulières ainsi que le pluralisme politique et la souveraineté populaire.
Le Burundi vit-il réellement en démocratie ?
Pour de nombreux observateurs, la réponse est claire : la démocratie burundaise n’existe que de nom.
Léonce Ngendakumana, figure politique et compagnon de lutte de Melchior Ndadaye, parle d’« une dictature voilée ». Lors d’une conférence-débat organisée par PARCEM à l’occasion de la Journée de la démocratie, il a dénoncé l’usage de la police, de l’armée et de l’argent pour neutraliser toute opposition.
Même constat pour Frédéric Bamvuginyumvira, homme politique en exil : selon lui, la démocratie est devenue un souvenir. Depuis 2010, affirme-t-il, les élections sont marquées par des fraudes massives privant le peuple de son droit de choisir ses dirigeants. Il évoque un pouvoir « népotique » dominé par les proches de l’armée et des élites au sommet de l’État.
Jérémie Ngendakumana, ancien président du CNDD-FDD, nuance toutefois : le problème réside moins dans l’absence d’élections que dans la méconnaissance des véritables fondements de la démocratie. « La démocratie n’est pas seulement un scrutin. C’est un mode de gouvernance basé sur les droits humains, la séparation des pouvoirs et l’État de droit », a-t-il rappelé.
Audace Havyarimana, du Forum pour le Renforcement de la Société Civile (FORSC), décrit une situation encore plus sombre : « Les dirigeants sont devenus des prédateurs. Ils gouvernent pour eux-mêmes, pas pour le peuple. La justice a pris l’uniforme du parti. »
Quant à Anschaire Nikoyagize, président de la Ligue Iteka, il estime que le pays est revenu au monopartisme. « Aujourd’hui, le silence règne. Si tu parles, tu es mort. »
Une démocratie importée et mal assimilée
Comme dans de nombreux pays africains, le multipartisme burundais est né sous pression extérieure, notamment après le sommet France-Afrique de La Baule (1990). Le président français François Mitterrand avait alors conditionné l’aide au développement aux efforts de démocratisation.
Selon Jérémie Ngendakumana, l’Uprona et le Frodebu ont été contraints d’accepter cette transition sans en maîtriser les rouages. « S’est-on engagé en connaissance de cause ? Pas sûr. L’Uprona voulait éviter l’effondrement, le Frodebu voulait le pouvoir. »
Gabriel Banzawitonde, président de l’APDR, estime néanmoins qu’il est trop facile de rejeter la faute sur l’extérieur. Pour lui, le véritable problème réside dans le non-respect des principes démocratiques. « Est-ce un problème d’une démocratie importée, ou bien d’un refus de respecter les règles ? » interroge-t-il.
Quelles perspectives pour le Burundi ?
Plutôt que de se rejeter mutuellement la responsabilité, plusieurs intervenants appellent à une refondation.
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Jérémie Ngendakumana plaide pour que les politiciens comprennent qu’ils gouvernent au service du peuple : « Ne faisons pas de la politique un business. »
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Frédéric Bamvuginyumvira propose une formation citoyenne sur le rôle des institutions et la mise en place de mécanismes de contrôle.
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Audace Havyarimana et Anschaire Nikoyagize insistent sur le renforcement de l’État de droit, l’indépendance de la justice et un dialogue inclusif entre communautés.
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Enfin, certains suggèrent de bâtir un modèle de gouvernance propre au Burundi, en puisant dans l’héritage monarchique tout en gardant des principes universels de démocratie.
Conclusion
Plus de trente ans après l’introduction du multipartisme, le Burundi reste confronté à des pratiques autoritaires, des élections contestées et des violations des droits fondamentaux. Pour nombre d’acteurs politiques et de la société civile, la démocratie reste un idéal lointain.
Mais l’espoir subsiste : il appartient aux Burundais de définir et d’adopter un modèle de gouvernance qui leur corresponde, conciliant héritage local et principes universels.
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Photo : Faustin Ndikumana, directeur national de PARCEM, qui a organisé une conférence-débat à l’occasion de la Journée internationale de la démocratie. © DR
