Lors de la conférence scientifique marquant le 20e anniversaire du leadership du CNDD-FDD, tenue à Gitega le 28 août 2025, le président Evariste Ndayishimiye a déclaré que « les maisons en paille (nyakatsi) n’existent plus au Burundi », saluant ce qu’il considère comme un progrès significatif réalisé sous la gouvernance de son parti. Une affirmation lourde de symbolique, qui laisse entendre une profonde transformation du paysage rural et des conditions de vie au Burundi.
Les résultats préliminaires du Recensement Général de la Population, de l’Habitat, de l’Agriculture et de l’Élevage (RGPHAE) 2024, publiés en mars 2025, brossent un tableau plus nuancé de la réalité de l’habitat au Burundi.
Le pays compte 2 724 457 ménages ordinaires, dont 85,7 % vivent principalement de l’agriculture. Parmi eux, 186 978 ménages habitent encore dans des maisons en paille, soit 6,86 % de l’ensemble, ce qui reste une part non négligeable.
La répartition selon le milieu de résidence est particulièrement révélatrice :
– En milieu urbain : 6 160 maisons en paille
– En milieu rural : 180 818 maisons en paille
Source : Données du RGPHAE 2024
Ces chiffres montrent clairement que, malgré les politiques publiques mises en œuvre, les habitations en matériaux précaires restent une réalité tangible, notamment dans les zones rurales, loin de l’image d’éradication avancée par le chef de l’État
Les maisons en paille : simple tradition ou reflet d’une pauvreté persistante ?
Dans de nombreux pays en développement, les maisons en paille ou en torchis sont souvent perçues comme des marqueurs visibles de la pauvreté. Leur construction répond généralement à un impératif économique : l’impossibilité d’accéder à des matériaux de construction durables tels que les briques, le ciment ou la tôle.
Au Burundi, ces habitations reflètent moins un choix culturel qu’une contrainte économique. Elles témoignent d’un pouvoir d’achat limité, d’un accès réduit aux matériaux modernes, mais aussi d’un manque de soutien structurel dans les politiques d’amélioration de l’habitat rural. Dans certaines provinces, construire une maison en paille reste la seule option possible pour de nombreuses familles, malgré les ambitions gouvernementales de moderniser les conditions de logement.
Quelles initiatives du gouvernement contre les nyakatsi…
Face à la persistance des habitations en matériaux précaires, les autorités burundaises, appuyées par certains partenaires techniques et financiers, ont lancé plusieurs initiatives pour éradiquer progressivement les maisons en paille, symbole de précarité en milieu rural.
– En 2018, le gouvernement, en partenariat avec le PNUD, a remis 68 maisons en briques aux habitants de Buhomba, qui vivaient jusque-là dans des huttes en paille. Une opération pilote visant à améliorer les conditions de logement dans les zones défavorisées.
– En 2022, à Nyamurenza (province de Ngozi), le ministère en charge de la solidarité nationale a distribué des tôles ondulées à une vingtaine de familles issues de la communauté Batwa, dans le cadre de la politique nationale de “zéro nyakatsi”. Une mesure symbolique et ciblée pour lutter contre l’exclusion sociale.
– En janvier 2023, une lettre officielle du ministère de l’Intérieur, adressée à tous les gouverneurs de province, rappelait l’urgence de recenser les habitations construites en paille ou en matériaux non durables. L’objectif : faciliter leur remplacement progressif par des logements décents et conformes aux normes légales.
Cette même correspondance introduisait une mesure inédite et à forte portée sociale : aucun jeune homme ne pourrait désormais se marier ni célébrer ses noces dans une maison en paille ou en torchis. L’idée derrière cette directive : valoriser la dignité des ménages et inciter les familles à améliorer leurs conditions de vie avant de fonder un foyer.
Conclusion : Non, le Burundi n’a pas encore tourné la page des maisons en paille. Si des efforts réels ont été entrepris, les 186 978 logements en paille recensés prouvent qu’il reste du chemin à parcourir. Une stratégie nationale ambitieuse, inclusive et soutenue est encore nécessaire pour offrir à tous les Burundais un logement digne.
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Photo : Une maison au toit de paille : ce type d’habitat concerne encore près de 7 % des ménages burundais. © DR
