Le président de la République du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a récemment affirmé que Faustin Ndikumana, président de l’organisation de la société civile PARCEM, « n’a rien à suggérer au peuple burundais, parce qu’il n’a pas de famille ».
Le 5 novembre 2025, lors de la présentation du nouvel administrateur communal de Matongo, le chef de l’État a publiquement interpellé Faustin Ndikumana, connu pour ses critiques récurrentes sur la corruption et la gouvernance. Dans un ton ironique, il a déclaré :
« Quelqu’un qui a échoué à fonder son propre foyer… Savez-vous quel âge il a ? Un homme qui vieillit sans jamais construire un foyer, peut-il donner des conseils au peuple burundais ? Un homme qui ne sait gérer que son ventre peut-il savoir comment les ventres des Burundais peuvent vivre ? »
Ces propos ont immédiatement suscité un large débat au sein de l’opinion publique et sur les réseaux sociaux. Nombre d’internautes et d’observateurs se sont alors interrogés : le mariage serait-il réellement un signe d’idées constructives ?
Que dit la loi ?
Aucune disposition juridique au Burundi n’établit de lien entre l’état civil d’une personne et sa capacité à exercer une fonction publique ou à s’exprimer sur les affaires nationales.
La Constitution du Burundi ne mentionne nulle part le mariage comme condition d’éligibilité, de légitimité ou de crédibilité citoyenne.
Le statut matrimonial relève donc de la vie privée et ne détermine ni les compétences d’un individu, ni son droit à participer au débat public.
Et la référence biblique ?
Dans le même discours, le président Ndayishimiye a appuyé son argumentation sur une référence religieuse, affirmant que :
« Il est écrit dans la Bible que quelqu’un qui ne peut pas diriger sa propre famille ne peut pas diriger les autres. »
Cependant, le passage biblique auquel il semble faire allusion est souvent mal interprété. Il s’agit probablement de 1 Timothée 5:8, où il est écrit :
« Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. »
Ce verset met l’accent sur la responsabilité envers ses proches, mais ne fait pas du mariage une condition morale ou spirituelle pour exercer un rôle de leadership.
Dans la théologie chrétienne, le célibat n’est nullement perçu comme un échec : de nombreuses figures religieuses, prêtres, sœurs, missionnaires mènent des vies d’engagement et de service sans être mariées.
Leadership et statut matrimonial : deux réalités distinctes
L’histoire du Burundi comme celle du monde regorge d’exemples de dirigeants, intellectuels et militants non mariés ayant marqué leur époque.
Le roi Ntare V, dernier monarque du Burundi, n’était pas marié lors de son accession au trône, sans que cela ne remette en question sa légitimité.
De même, dans la société civile ou le milieu académique, plusieurs personnalités non mariées ont contribué de manière décisive au progrès des idées et des valeurs collectives.
Conclusion
Le mariage est un choix personnel, souvent honorable, mais il ne définit ni la valeur des idées ni la capacité d’un citoyen à contribuer positivement à la société.
Qualifier quelqu’un de « non constructif » à cause de son célibat, c’est confondre vie privée et engagement public, et réduire le débat démocratique à des jugements personnels.
Être marié n’est pas un gage de maturité intellectuelle ou morale.
Les idées constructives se mesurent à leur impact sur la société, et non à l’état civil de celui ou celle qui les formule.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye lors de son discours à Matongo, où il affirme que Faustin Ndikumana « n’a rien à suggérer au peuple burundais parce qu’il n’a pas de famille ». © DR
