Depuis quelques années, la Régie de Production et de Distribution d’Eau et d’Électricité (REGIDESO) multiplie les annonces d’envergure. Nouvelles centrales hydroélectriques, modernisation du réseau, extension de l’accès à l’eau potable : autant de promesses qui nourrissent l’espoir d’une amélioration durable. Mais au quotidien, les Burundais continuent de subir des coupures d’électricité imprévisibles et des pénuries d’eau prolongées. La question revient avec insistance : peut-on encore croire la REGIDESO ?
La promesse la plus ambitieuse reste celle de l’autosuffisance énergétique en 2024, qui aurait été rendue possible grâce aux barrages de Rusumo Falls, Jiji-Murembwe et Kabu 16. Certes, la production nationale a augmenté et, en janvier 2025, la REGIDESO a même reconnu que la production dépasse désormais la demande.
Mais cette victoire reste théorique : le réseau vétuste ne permet pas de distribuer correctement l’électricité. Câbles qui fondent, postes de transformation surchargés, infrastructures héritées de la période coloniale…
Dix jours de panne générale en août 2025
Les conséquences de toute cette kyrielle de défaillances sont lourdes. Plus récemment, au mois d’août 2025, ce qui devait être de simples « perturbations » s’est transformé en une panne généralisée de dix jours, paralysant Bujumbura et une partie de l’intérieur du pays.
À l’hôpital Prince Régent Charles, les générateurs sont tombés en panne faute de carburant. Des nouveau-nés sont trouvant dans le service de néonatologie ont dû être transférés, et l’UNICEF a envoyé un groupe électrogène d’urgence pour maintenir les services vitaux.
Dans les quartiers populaires, des commerçants ont vu leurs denrées périr. Des fournisseurs de lait ont dû jeter des dizaines de litres avariés. Les petits métiers, comme les soudeurs, ont été paralysés. Les radios indépendantes, elles, se sont retrouvées par moment, réduites au silence, faute d’électricité ou de carburant.
Même après ces dix jours, malgré les annonces de « chantiers massifs » pour en finir une bonne fois pour toutes, les délestages sont redevenus le quotidien des Burundais.
Rusumo Falls : l’espoir en suspens
En avril 2024, le directeur général Jean Albert Manigomba annonçait que 27 MW supplémentaires issus de la centrale de Rusumo Falls allaient réduire significativement les délestages à Bujumbura.
Pourtant, un an plus tard, seule une unité a été mise en marche, les deux autres étant toujours en phase de test. Les habitants de la capitale économique attendent encore des résultats concrets, tandis que les coupures persistent, parfois plusieurs heures par jour.
Mauvaise gouvernance et planification irréaliste
Pourquoi tant de promesses non tenues ? Selon la REGIDESO elle-même, le réseau obsolète et l’absence de modernisation constituent un frein majeur. Mais d’autres facteurs pèsent lourd : une planification irréaliste, une inflation de près de 40 % en 2025 qui pèse sur l’achat des équipements et une gestion chaotique des priorités.
À cela s’ajoutent les accusations récurrentes de corruption et de mauvaise gouvernance, régulièrement dénoncées par le Parcem et l’Olucome. Ces organisations pointent les retards chroniques, les marchés publics opaques et les choix politiques qui freinent l’efficacité du secteur énergétique.
Des avancées qui ne se voient pas
En définitive, si des projets structurants comme Kabu 16 ou Jiji-Murembwe représentent de réelles avancées sur le papier, le verdict est que leur impact reste invisible pour la population.
La REGIDESO communique beaucoup, mais livre peu. Et c’est bien là le paradoxe : les annonces entretiennent l’espoir, mais l’expérience quotidienne renforce la méfiance.
Le fact-checking est sans appel : les promesses existent, les résultats manquent, et la confiance s’érode.
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Photo : Locaux de la direction commerciale de la REGIDESO © DR
