Dans le cadre des préparatifs des élections prévues en 2025 et 2027, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) du Burundi a dévoilé le 15 octobre 2024 le calendrier d’enrôlement des électeurs, fixé du 22 au 31 octobre 2024. Lors de cette annonce, le président de la CENI, Prosper Ntahorwamiye, a souligné l’importance de cette étape pour chaque citoyen burundais.
Le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, a marqué le début de l’enrôlement en s’inscrivant sur la colline Ruvumu, dans la province de Kayanza, et en encourageant les Burundais à participer, rappelant que s’inscrire est une manière d’exprimer son engagement envers les élections à venir.
“Se faire inscrire pour tout Burundais n’est qu’une façon d’exprimer sa liberté,”
a-t-il déclaré.
Engouement mitigé pour l’enrôlement
Le porte-parole de la CENI, François Bizimana, a rappelé que le processus, ouvert aux citoyens de 18 ans et plus et aux jeunes de 17 ans nés avant juin 2007, durerait dix jours. Cependant, la première vice-présidente de l’Assemblée nationale, Sabine Ntakarutimana, a observé un faible engouement :
“Les gens viennent au compte-goutte, probablement occupés par les travaux champêtres en cette saison culturale,”
a-t-elle noté, exhortant la population à répondre à cet appel citoyen.
Pressions locales : un enrôlement obligatoire ?
Des incidents de pression pour inciter à l’enrôlement ont été signalés. Le 29 octobre 2024, au marché de Gisyo, au sud de Bujumbura, vendeurs et acheteurs ont dû présenter leur récépissé pour y accéder. Le lendemain, l’administrateur de la commune Nyabihanga a fait le tour du marché pour vérifier les inscriptions. À l’Office Burundais des Recettes (OBR), des employés sans récépissé ont été empêchés d’entrer dans leurs bureaux.
Une obligation déguisée ? Avis d’un politologue
Selon Denis Banshimiyubusa, politologue et spécialiste des questions électorales, cette contrainte pourrait exacerber le désintéressement des Burundais vis-à-vis de leur devoir civique.
“Toute initiative rendant le processus obligatoire risque d’avoir l’effet inverse, poussant la population à se désengager,”
explique-t-il. Le politologue évoque l’impact de la gouvernance actuelle et la résignation des citoyens qui, constatant peu de changement dans leurs conditions de vie, perdent confiance en l’impact de leur vote.
Le point de vue de la société civile
Faustin Ndikumana, directeur de l’organisation Parole et Action pour le Réveil et l’Évolution des Mentalités (PARCEM), critique ces mesures coercitives, estimant qu’elles sont antidémocratiques et sans fondement légal.
« C’est un abus de pouvoir. Aucune loi ne permet de restreindre l’accès à des services publics aux non-inscrits. Se faire enrôler est un droit, pas une obligation, »
insiste-t-il.
Conclusion
Alors que l’enrôlement est essentiel pour garantir la représentativité lors des élections, l’enthousiasme limité et les mesures coercitives soulèvent des questions sur la participation citoyenne et la transparence du processus. Pour beaucoup, le manque d’engouement est un signe de déception vis-à-vis de la classe politique, un message fort qu’il conviendrait d’entendre sans recourir à des pressions.
