De 2023 à 2025, la multiplication de discours de haine ciblant les Tutsi, Banyamulenge et autres communautés rwandophones en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi soulève de graves inquiétudes sécuritaires et juridiques. Plusieurs déclarations publiques, diffusées par des médias d’État ou tenues par des responsables politiques et militaires, posent la question de la responsabilité directe ou indirecte des chefs d’État Félix Tshisekedi et Évariste Ndayishimiye. Passons dans cet article de Burundi fact au crible des faits documentés, des citations établies et des réactions officielles, afin de distinguer ce qui est avéré de ce qui relève de l’accusation politique.
Il est établi que le 28 décembre 2025, le général Sylvain Ekenge, alors porte-parole des FARDC, a tenu sur la RTNC, télévision publique congolaise, des propos ciblant explicitement les femmes tutsi / banyamulenge. Selon le Communiqué du Collectif des avocats des parties civiles Banyamulenge, Tutsi et Hema du 29/12/2025 :
« Le Collectif des avocats des parties civiles dénonce des propos haineux tenus publiquement sur la RTNC visant les femmes tutsi, sans réaction des autorités médiatiques. Il rappelle avoir documenté depuis des années ces discours de haine restés impunis par la justice congolaise.
L’absence de poursuites et la réception de leurs auteurs par des responsables politiques, jusqu’au sommet de l’État, légitiment ces discours dangereux. Le Collectif alerte sur le fait que la déshumanisation des Tutsi, en particulier des femmes, a toujours précédé les crimes génocidaires.
Il annonce la transmission de preuves aux autorités judiciaires congolaises et à la Cour pénale internationale afin d’engager des poursuites. » Pour ce collectif, il y a à regretter :
L’émission n’a pas été interrompue, le présentateur n’a pas désavoué les propos, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée à ce jour et la seule mesure prise a été une suspension administrative, confirmée publiquement.
Une absence systémique de poursuites judiciaires
Toujours selon le Collectif : « À ce jour, aucun discours de haine porté à la connaissance des autorités judiciaires congolaises n’a abouti à des poursuites pénales. »
L’impunité est un fait, documenté par des dépôts répétés de plaintes restées sans suite, ce qui constitue une donnée objective, indépendamment des intentions prêtées au pouvoir politique.
Le rôle du ministère de la Communication
Plusieurs intervenants violents apparaissent régulièrement sur les médias publics congolais, dans un contexte où la RTNC dépend du ministère de la Communication, dirigé par Patrick Muyaya, aucune ligne éditoriale officielle condamnant ces dérives n’a été rendue publique.
Un autre militaire congolais a récemment appelé, à la télévision nationale, à :
« Violer et tuer les femmes et enfants des leaders de l’AFC/M23, même en Europe. »
Fait vérifiable : ces propos ont été diffusés sur un média public, sans coupure immédiate ni poursuite annoncée.
Burundi : une continuité idéologique documentée
En février 2024, le président Évariste Ndayishimiye a publiquement appelé les Burundais à se mobiliser contre le Rwanda, évoquant une menace militaire imminente depuis Uvira. Aucun élément matériel n’a été produit pour étayer cette menace. Cet appel a été largement relayé par les médias burundais, surtout ceux en exil.
Propagande et discours déshumanisants
Les jeunes imbonerakure du parti au pouvoir se permettent, sans suite de scander des chants appelant à « engrosser » des femmes tutsi.
Les émissions du Bimenye Burundi Communication Center, animé par Thaddée Nzigamasabo, qualifient régulièrement les Tutsi de « serpents ».
D’autre part, BBCC, sur ces antennes, diffusent le fait que les Bahima (Tutsi) font tout pour rester les seuls dirigeants des pays de la région, donnant exemple de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi où ils éprouvent encore des difficultés.
Aucune sanction judiciaire connue n’a été prise contre ces auteurs, les émissions se déroulent tous les jours.
Le cas de Révérien Ndikuriyo, l’actuel secrétaire du parti CNDD FDD au pouvoir qui a publiquement promis une récompense de 5 millions pour la tête d’un citoyen ensuite tué, est également un cas emblématique, sans poursuite judiciaire connue à ce jour.
Comparaison avec les précédents historiques
Le Collectif rappelle : « La déshumanisation des Tutsi et leur extermination ont toujours débuté par ce type de discours. »
Cette référence au Rwanda de 1994 ne constitue pas une accusation juridique, mais un parallèle historique documenté, utilisé comme signal d’alerte.
Position du Rwanda: dénonciation constante et vérifiable
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a déclaré : « La suspension du Général Ekenge n’est que de la poudre aux yeux. »
Et concernant la RTNC: « Elle est devenue la réincarnation quasi parfaite de la Radiotélévision Libre des Mille Collines (RTLM) de 1994 au Rwanda. »
Conclusion : un risque sécuritaire majeur et une responsabilité politique engagée
Les faits établis montrent que des discours de haine explicites sont diffusés par des médias publics en RDC et au Burundi.
Les auteurs ne sont pas poursuivis, voire bénéficient d’une visibilité officielle.
Les chefs d’État Félix Tshisekedi et Évariste Ndayishimiye n’ont pas pris de mesures publiques fortes pour condamner ou neutraliser ces discours.
Même s’il n’est pas possible d’affirmer une planification génocidaire formelle, il est factuellement exact que ces deux régimes constituent aujourd’hui des garants politiques d’un climat de haine, par tolérance, silence ou légitimation indirecte.
Dans une région marquée par des précédents tragiques, cette banalisation du discours déshumanisant représente une menace directe pour la sécurité régionale et place la RDC et le Burundi en contradiction frontale avec les normes internationales de prévention des crimes de masse, normes que les autorités rwandaises invoquent et rappellent de manière constante.
