Les ménages de la commune de Butihinda, en province de Buhumuza, déjà raccordés au réseau électrique et occupant des maisons en bois ou en briques non cuites, sont désormais tenus de crépir leurs habitations dans un délai de deux semaines. Une mesure qui, pour beaucoup, s’apparente à une contrainte difficilement supportable. Analyse.
Cette décision a été prise par l’administratrice communale, Belyse Carine Dukundane, le 18 novembre 2025. Dans son communiqué, elle justifie cette obligation par l’alignement sur la vision nationale 2040–2060. Elle précise également que toute personne non conforme d’ici au 2 décembre 2025 pourrait faire l’objet de « mesures supplémentaires ». Toutefois, sur le terrain, cette directive est perçue moins comme une politique d’amélioration que comme une pression de plus sur des familles déjà fragilisées par la hausse généralisée des prix.
Accès à l’électricité : droit ou privilège ?
Chaque citoyen a droit aux services essentiels nécessaires à une vie digne. L’accès à l’électricité n’est pas une faveur accordée par l’autorité, mais un service public financé, en grande partie, par les impôts des contribuables. Fournir l’électricité relève donc de la responsabilité de l’État, non d’un geste gracieux.
Dès lors, il apparaît paradoxal que l’administration impose des obligations urgentes et coûteuses aux mêmes citoyens qui financent ce service. Le rôle de l’administration devrait être d’accompagner et de soutenir les ménages, non de leur imposer des charges supplémentaires sans tenir compte de leurs capacités réelles.
Le contexte économique aggrave encore la situation. Les prix des matériaux de construction connaissent une hausse marquée : selon un rapport de l’Institut national de la statistique du Burundi (INSBU), les coûts de construction ont augmenté de 40 % en un an, en raison principalement de la flambée du prix des matériaux, de la main-d’œuvre et de la location d’équipements. À titre d’exemple, un sac de ciment Buceco (50 kg, BUCECO 32.5 R) coûte officiellement 45 000 Fbu. Dans ces conditions, crépir une maison devient une charge difficile à absorber pour de nombreux ménages.
Conclusion
Les citoyens n’attendent pas que les autorités transforment chaque progrès en exigence rigide. Ils souhaitent avant tout que les dirigeants créent un cadre leur permettant d’améliorer progressivement leurs conditions de vie, en tenant compte de leurs réalités économiques. Ils ne s’opposent ni au développement ni à l’idée de consolider leurs habitations, mais estiment que ces initiatives doivent reposer sur l’accompagnement, non sur la contrainte.
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Photo : L’administratrice communale de Butihinda, Belyse Carine Dukundane, qui a annoncé l’obligation pour les ménages raccordés à l’électricité de crépir leurs maisons dans un délai de deux semaines.
