Lors des élections législatives du 5 juin 2025, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a remporté l’ensemble des sièges de l’Assemblée nationale, une première depuis l’instauration du multipartisme au Burundi en 1992. Ce résultat a suscité des réactions contrastées, notamment au sein de la diaspora réfugiée, où l’on s’interroge sur l’avenir démocratique du pays.
Dans une interview accordée à RFI, Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona — l’un des rares partis légalement reconnus mais sans représentation — a déclaré : « On a tué la démocratie. »
Une démocratie en « sursis » ?
Les témoignages recueillis auprès de réfugiés burundais confirment un profond scepticisme. Pour Julienne Muzinga, journaliste réfugiée à Kigali, « on n’a pas seulement tué la démocratie, on l’a même enterrée. »
Même ton pessimiste chez Daniel Ngendakumana, sage-femme (maïeuticien) et militant des droits humains : « Le vote du 5 juin n’était qu’une mise en scène. Il s’est déroulé dans un climat de peur, d’intimidation et sans véritable concurrence. »
Ce constat trouve un écho dans les chiffres. Selon l’Indice de démocratie 2024 publié par The Economist Intelligence Unit, le Burundi est classé 147e sur 167 pays. L’indice burundais, noté sur 10, est passé de 4,50 en 2005 (année de l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD) à 2,13 en 2023, plaçant le pays dans la catégorie des « régimes autoritaires ».
Des voix critiques… et nuancées
Face aux critiques radicales, d’autres adoptent un ton plus mesuré. Patrick Ahishakiye, militant des droits humains, estime que « la démocratie burundaise est gravement menacée, mais pas totalement éteinte », soulignant l’existence de poches de résistance, notamment dans la presse indépendante en exil, les organisations de la société civile, et certains membres de la diaspora qui continuent de défendre des valeurs démocratiques.
Une position partagée par Elisabeth Ndorere, juriste réfugiée au Rwanda, pour qui « la démocratie n’est pas morte, mais profondément falsifiée. » Elle ajoute : « Même si les voix internes sont muselées, celles de l’extérieur finiront par être entendues. »
Tous s’accordent toutefois à dire qu’une assemblée nationale monocolore, sans opposition, affaiblit le principe de contre-pouvoirs et ouvre la voie à de possibles dérives autoritaires.
Un contexte de fermeture politique
Le 12 juin 2025, soit une semaine après les élections, le ministre de l’Intérieur, Martin Niteretse, a interdit aux partis politiques de s’exprimer publiquement sur les fraudes électorales présumées.
Fait vérifié : un communiqué officiel du ministère, daté du 12 juin, interdit effectivement toute déclaration jugée « susceptible de troubler l’ordre public ».
Pour Yannick Mpundu, un réfugié né sous le régime du CNDD-FDD : « De quelle démocratie parle-t-on quand le peuple ne peut pas choisir librement ses représentants ? »
Quelles perspectives ?
Malgré ce tableau sombre, des propositions émergent. Pour certains réfugiés interrogés, une transition négociée, facilitée par des acteurs régionaux tels que l’Union africaine ou la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), pourrait offrir une issue pacifique. D’autres plaident pour un dialogue national inclusif afin d’aborder les questions de réformes institutionnelles et de garanties des libertés.
Mais Daniel Ngendakumana, sceptique, écarte l’idée d’un dialogue dans les conditions actuelles : « Ce régime n’a ni volonté de compromis, ni ouverture. Il est fondé sur la répression. » Pour lui, seule une mobilisation patriotique de l’intérieur et de la diaspora, fédérée autour d’un projet national alternatif, pourrait relancer une dynamique démocratique.
Il conclut : « Le socle de cette renaissance passe par une identité “Murundi” inclusive, affranchie des divisions ethniques et partisanes. »
Conclusion
Malgré des divergences de ton et d’approche, les voix de l’exil convergent vers une même inquiétude : le recul inquiétant des libertés au Burundi. Si certains refusent de déclarer la démocratie définitivement morte, tous s’accordent à dire qu’elle ne peut survivre sans volonté politique réelle, pression citoyenne, et solidarité active, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
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Photo : Camp de Mahama : un abri pour les réfugiés burundais
