Le 17 juin 2025, une déclaration inattendue du président de l’Assemblée nationale burundaise, Daniel Gélase Ndabirabe, a ravivé les souvenirs douloureux de la pandémie de Covid-19. Mais à ce jour, ni le ministère de la Santé ni l’OMS ne confirment ses propos.
Lors d’une séance plénière à l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, deuxième personnalité de l’État, a affirmé que « la Covid-19 est de retour au Burundi ». Il a ajouté que des cas positifs seraient déjà pris en charge dans certains hôpitaux, avec des symptômes présentés comme « plus sévères » que ceux observés lors de la vague précédente. Cette alerte, aussi grave que soudaine, n’a pourtant suscité aucune réaction officielle des autorités sanitaires.
Des déclarations sans confirmation officielle
Une semaine après cette annonce, aucun communiqué n’a été publié par le ministère burundais de la Santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), pourtant en première ligne de la surveillance des épidémies, n’a également émis aucun commentaire. L’absence de données, de points de presse ou de directives sanitaires crée un flou inquiétant, dans un pays marqué par une gestion controversée de la première crise sanitaire en 2020.
Les propos de Ndabirabe incluaient des recommandations : retour aux gestes barrières, lavage des mains, désinfection des lieux publics, limitation des poignées de main. Mais ces appels à la vigilance sont restés lettre morte. Aucun plan d’action n’a été annoncé, aucune mobilisation observée dans les médias, les lieux de culte ou les marchés. L’alerte, pourtant publique et officielle, n’a donné lieu à aucune réaction visible de la part des institutions compétentes.
Qu’en est-il réellement de la situation sanitaire ?
À ce jour, aucun élément factuel ne permet de confirmer le retour de la Covid-19 au Burundi. Aucun hôpital n’a rapporté officiellement un afflux de patients présentant des symptômes graves. Aucun centre de dépistage n’a publié de résultats, et aucune source indépendante n’a pu corroborer les propos du président de l’Assemblée nationale.
Par contraste, le 9 juin dernier, le Rwanda Biomedical Center avait confirmé une légère reprise des cas de Covid-19 chez le voisin du nord : sur 16 000 tests effectués, 112 cas positifs avaient été recensés. Au Burundi, aucune statistique équivalente n’est disponible à ce jour.
Un passé qui alimente les doutes
Le souvenir de la pandémie de 2020 reste vif. À l’époque, les autorités burundaises avaient refusé d’admettre l’existence de cas de Covid-19 sur leur sol. Le décès soudain du président Pierre Nkurunziza, officiellement attribué à un arrêt cardiaque, avait déclenché une vague de spéculations sur une contamination au virus, dans un contexte où le pays se disait « protégé » par la prière. L’expulsion du représentant de l’OMS avait été perçue comme une volonté de dissimulation, accentuant les soupçons et minant la confiance publique.
L’importance de la transparence en période de crise
En matière de santé publique, le silence institutionnel peut être plus inquiétant que rassurant, surtout lorsqu’il suit une alerte émanant d’une haute autorité de l’État. À défaut d’une réponse coordonnée, la population est laissée dans l’incertitude, alors que la prévention repose précisément sur une communication rapide, claire et crédible.
Trois scénarios sont possibles :
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La déclaration de Ndabirabe est fondée : auquel cas, le ministère de la Santé doit immédiatement activer les mécanismes de gestion de crise.
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Elle est exagérée ou erronée : alors, un démenti officiel est nécessaire, accompagné de données épidémiologiques pour rassurer.
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Elle repose sur des informations partielles : une clarification s’impose, appuyée par une enquête des autorités sanitaires.
Dans les trois cas, le silence actuel est problématique.
Conclusion : quand la parole publique doit rimer avec responsabilité
Les déclarations sur la santé publique, surtout lorsqu’elles évoquent une menace épidémique, ne peuvent se faire à la légère. Elles doivent s’appuyer sur des données vérifiées, être relayées par les autorités compétentes et suivies de mesures concrètes.
En l’état, l’alerte lancée par Daniel Gélase Ndabirabe demeure non vérifiée, faute de confirmation par les instances sanitaires nationales ou internationales. Cela illustre, une fois de plus, le besoin impérieux de transparence, de coordination interinstitutionnelle et de rigueur dans la communication publique.
Le Burundi ne peut se permettre de reproduire les erreurs de 2020. Face à une possible reprise de la pandémie, le fact-checking ne relève pas du luxe : c’est une nécessité vitale.
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Photo : Daniel Gélase Ndabirabe affirmant à l’Assemblée que « la Covid-19 est de retour au Burundi », sans confirmation officielle à ce jour
