Depuis l’intensification des combats opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés au mouvement rebelle AFC/M23, soutenu par le Rwanda, ainsi que la prise de la ville d’Uvira, les réfugiés congolais affluent massivement au Burundi. Sur place, tout manque : nourriture, eau potable, abris, soins… Le HCR Burundi tire la sonnette d’alarme.
Des milliers de personnes fuyant les affrontements au Sud-Kivu ont traversé la frontière Gatumba–Kavimvira. À leur arrivée, elles sont regroupées dans la cour de la brigade de Gatumba, un site non aménagé pour accueillir un tel afflux. D’autres sont acheminées vers Kansega, une zone reculée de la commune de Bukinanyana, en province de Bujumbura. L’intensification des combats dans les localités de Kamanyola, Gatogota, Luvungi, Lubarika, Bwegera, Luberizi, Mutarule, Sange et Kiliba a déclenché un mouvement de fuite massif vers le Burundi. Parmi les réfugiés figurent des enfants, des personnes âgées, des malades, mais aussi des blessés évacués dans l’urgence.
Pourtant, le gouvernement burundais et ses partenaires n’étaient pas préparés à absorber cet afflux. Livrés à eux-mêmes, de nombreux réfugiés dorment à la belle étoile, manquent d’eau potable et ne disposent que de sanitaires rudimentaires, obligeant certains à se soulager près des sites. L’absence de nourriture aggrave encore leur vulnérabilité. « Qu’ils nous viennent en aide, car nous vivons dans des conditions inhumaines », témoigne un réfugié à Gatumba.
Près de 50 000 réfugiés en moins d’une semaine
En visite au site de Kansega le 11 décembre 2025, la représentante du HCR au Burundi, Brigitte Mukanga-Engo, a indiqué que l’arrivée des réfugiés en provenance de la RDC a débuté le 5 décembre. « Depuis ce moment-là, jusqu’à maintenant, on a déjà passé à 40 000 personnes juste dans une semaine », rapporte-t-elle. Selon elle, le HCR et l’ensemble du système des Nations Unies au Burundi tentent d’organiser une assistance provisoire, encore balbutiante face à l’ampleur du flux.
Le gouvernement burundais a d’abord mis en place des sites temporaires proches de la frontière, mais un transfert est prévu vers un site plus adapté, à Bweru, dans la province de Ruyigi. Concernant les ressources disponibles, Mme Mukanga-Engo reconnaît qu’« il n’y a pas de ressources pour le moment », la fin d’année correspondant à l’épuisement des budgets pour la plupart des organisations. Un appel inter-agences est en préparation pour mobiliser les donateurs.
L’ONU s’inquiète d’une aggravation de la crise humanitaire
Lors d’un point de presse à New York le 11 décembre 2025, Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général de l’ONU, a confirmé la poursuite des arrivées de personnes fuyant le Sud-Kivu. L’OCHA a coordonné le 10 décembre une évaluation rapide des besoins à Ndava et Gatumba, où plus de 50 000 personnes ont trouvé refuge. Le camp de transit de Cishemere accueille à lui seul 5 000 personnes, tandis que celui de Bweru en héberge 1 000, et les arrivées se poursuivent.
« Les réfugiés, principalement des femmes et des enfants, arrivent épuisés et blessés. Malgré les efforts de nos partenaires pour intensifier la réponse, les conditions sur ces sites restent très précaires et un soutien urgent en abris, nourriture, eau, produits d’hygiène, installations sanitaires et protection est nécessaire », avertit-il. Le manque de financement reste un obstacle majeur.
La situation sanitaire inquiète également. Avec une épidémie de choléra en cours dans certaines zones du Sud-Kivu, il devient urgent d’étendre la réponse de santé publique aux régions de Cibitoke et Gatumba, où les réfugiés sont installés. Le gouvernement burundais a commencé la relocalisation d’une partie d’entre eux vers le site de Bweru.
Conclusion
Pour Farhan Haq, cette escalade de la violence aggrave une situation humanitaire déjà critique dans l’est de la RDC, dans un contexte de financement dramatiquement insuffisant. Le Plan de réponse humanitaire pour la RDC n’est financé qu’à 22 %, ce qui représente un déficit d’environ 2 milliards de dollars. Au Burundi, seulement 33 millions de dollars ont été mobilisés sur les 77 millions nécessaires.
Le constat est clair : la situation est alarmante. Les ONG, le gouvernement burundais et la communauté internationale doivent agir immédiatement pour éviter une crise humanitaire imminente.
Depuis janvier 2025 à septembre 2025, plus de 70 000 personnes étant arrivées au Burundi en provenance de la République démocratique du Congo
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Photo : De nombreux réfugiés congolais, épuisés, affluent à Gatumba dans des conditions humanitaires désastreuses. © DR
