Malgré les nombreuses tentatives visant à assainir les relations tendues entre le Burundi et le Rwanda depuis 2015, la situation est loin d’être normalisée. Les discours va-t-en-guerre des autorités burundaises, notamment ceux du président Évariste Ndayishimiye et de son ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la Coopération au développement, Édouard Bizimana, risquent plutôt d’envenimer une situation déjà compliquée par des accusations mutuelles.
Lors de la cérémonie d’échanges de vœux pour l’année 2026 avec les forces de défense et de sécurité, tenue à Gitega le 19 décembre 2025, le président Ndayishimiye a une nouvelle fois accusé le Rwanda, sans le nommer explicitement, de nourrir des intentions hostiles à l’égard du Burundi. Ces accusations récurrentes posent la question de l’existence de preuves irréfutables ou, à l’inverse, d’une possible stratégie consistant à désigner un bouc émissaire.
En exhortant les forces de défense et de sécurité, ainsi que la population burundaise, à la vigilance, le président Ndayishimiye a clairement désigné son ennemi.
« Vous savez que nous avons un mauvais voisin au Nord. Maintenant il jure d’en découdre avec nous arguant que le Burundi met en échec son plan d’annexer le Congo voisin », a-t-il déclaré à l’assistance.
Il a toutefois rassuré que le Burundi est préparé à toute éventualité et a averti que quiconque « attaquera ne gagnera pas ».
Le Burundi et le Rwanda sont à couteaux tirés depuis la crise politique de 2015. Toutefois, les relations se sont davantage détériorées avec l’entrée du Burundi dans la guerre en République démocratique du Congo (RDC), en appui aux Forces armées de la RDC (FARDC). Cette collaboration avec les FARDC, lesquelles sont accusées de coopérer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), pose un sérieux problème de sécurité pour Kigali.
Dans une interview accordée à la Rwanda Broadcasting Agency (RBA) et relayé par le journal Igihe, le média public rwandais, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, avait affirmé que le Burundi ne se contentait pas de soutenir les FDLR, mais agissait concrètement avec elles.
« On ne peut pas appuyer les FDLR sans vouloir perturber la sécurité du Rwanda, car c’est précisément l’objectif de ce groupe », avait-il déclaré.
Ce n’est pas la première fois que le Burundi pointe du doigt le Rwanda en l’accusant de visées hégémoniques et expansionnistes dans la région. En mars 2025, dans une interview accordée à la BBC, le président burundais avait affirmé détenir des preuves d’une attaque imminente du Rwanda. Une déclaration que le ministre Olivier Nduhungirehe avait qualifiée de « malencontreuse », regrettant qu’elle intervienne au moment où les autorités militaires et les services de renseignement des deux pays étaient en discussion et s’étaient accordés « sur la nécessité d’une désescalade militaire et verbale ».
Sur son compte X, Olivier Nduhungirehe avait également affirmé être parfaitement en phase avec son homologue burundais, avec lequel il s’était entretenu à Harare le 17 mars 2025.
Les accusations formulées par le Burundi interviennent dans un contexte régional particulièrement tendu, notamment après la prise de la ville d’Uvira, aux portes de Bujumbura, par l’AFC/M23. L’avancée de ce mouvement armé a placé le Burundi dans une position délicate, l’obligeant à retirer ses troupes après une débâcle militaire dans plusieurs localités du Sud-Kivu.
La prise d’Uvira a également entraîné le repli de certains éléments des FARDC, des Wazalendo et des FDLR vers le Burundi, ainsi que l’afflux de plus de 70 000 civils congolais, plongeant le pays dans une crise humanitaire sans précédent.
Néanmoins, en préparation à une éventuelle attaque venant de son voisin du Nord, un déploiement massif de l’armée burundaise est observé le long de la frontière avec le Rwanda, selon plusieurs témoignages concordants.
La question qui revient alors sur toutes les lèvres est de savoir si le Burundi dispose réellement de preuves tangibles attestant d’un projet d’attaque du Rwanda, ou s’il s’agit plutôt de manœuvres visant à détourner l’attention des nombreux problèmes internes auxquels le pays peine à apporter des solutions.
Pour l’heure, les autorités rwandaises continuent d’adopter une posture de retenue et de tempérance dans leurs déclarations publiques. Rien ne semble, pour le moment, indiquer des préparatifs militaires offensifs de leur part.
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Photo : Le président Évariste Ndayishimiye lors de l’échange de vœux avec les forces de défense et de sécurité à Gitega, le 19 décembre 2025, au cours duquel il a de nouveau évoqué une menace d’attaque en provenance du Rwanda, sans toutefois présenter publiquement de preuves vérifiables. © DR
