Un tweet du ministre burundais des Affaires étrangères accusant le Qatar d’entraver une action américaine contre le Rwanda a provoqué un recadrage public de la présidence. L’épisode met en lumière des tensions dans la communication diplomatique du Burundi et interroge la cohérence de la parole officielle de l’État sur des dossiers régionaux sensibles.
La diplomatie burundaise donne aujourd’hui des signes de sérieuses turbulences, à la suite d’une communication controversée largement perçue comme une bourde diplomatique du ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la Coopération au développement, Édouard Bizimana.
En rupture manifeste avec les usages, la retenue et le formalisme qu’impose sa fonction, le chef de la diplomatie burundaise s’est exprimé sur son compte X (anciennement Twitter) comme un simple citoyen, sortant du cadre institutionnel attendu d’un ministre des Affaires étrangères.
Dans un tweet publié le 3 janvier 2026, Édouard Bizimana a directement mis en cause le Qatar, l’accusant d’utiliser son influence et ses moyens financiers pour empêcher les États-Unis d’agir contre le Rwanda, lequel continuerait, selon lui, à avancer et à occuper de nouveaux territoires à l’est de la République démocratique du Congo.

Cette prise de position publique, formulée sans apparente nuance diplomatique, a rapidement provoqué une réaction au sommet de l’État. Le président burundais, Évariste Ndayishimiye, est intervenu publiquement pour recadrer son ministre et rappeler la position officielle du Burundi.
Sur son propre compte X, le chef de l’État a tenu à réaffirmer les bonnes relations entre le Burundi et le Qatar, mettant en avant le rôle central de ce pays dans les efforts de médiation visant à résoudre la crise à l’est de la RDC. Cherchant visiblement à éteindre l’incendie diplomatique, il a déclaré :
« Il est important de clarifier tout malentendu et toute déclaration erronée concernant la contribution du Qatar au développement et à la consolidation de la paix. »
https://x.com/i/status/2007824569382609066
Si le tweet incriminé du ministre Bizimana a été supprimé peu après sa publication, la séquence a continué d’alimenter les débats sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes y ont vu l’illustration d’un manque de coordination et de maîtrise de la communication diplomatique, certains évoquant une atteinte à l’image et à la crédibilité internationale du Burundi.
L’internaute @christa_jolie résume ainsi ce malaise :
« À ce niveau, ce n’est plus de la diplomatie, c’est du bricolage qui ridiculise le régime et abîme l’image du Burundi. »
La situation n’a pas échappé non plus au ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, qui a réagi en soulignant le caractère inhabituel de l’épisode :
“So, the president of Burundi reprimands live on social media his own foreign minister.”
(« Ainsi, le président burundais réprimande en direct sur les réseaux sociaux son propre ministre des Affaires étrangères. »)
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’Édouard Bizimana se distingue par des propos jugés peu diplomatiques, notamment lorsqu’il est question du Rwanda. Dans un tweet du 14 décembre 2025, en réponse au média rwandais en ligne Poliscoop Media, il écrivait :
“Lying as always. You cannot build a sustainable reputation on lies. Kagame can fool everybody else in the world, not Burundians.”
(« Mentir comme d’habitude. On ne peut pas bâtir une réputation durable sur des mensonges. Kagame peut tromper tout le monde, sauf les Burundais. »)
Cet épisode relance les interrogations sur la stratégie de communication diplomatique du Burundi à l’ère des réseaux sociaux, mais aussi sur la coordination gouvernementale et la capacité de l’exécutif à parler d’une seule voix sur des dossiers régionaux hautement sensibles. Entre l’expression personnelle des responsables politiques et la nécessité d’une parole étatique cohérente, maîtrisée et alignée sur les intérêts diplomatiques du pays, le Burundi semble désormais sommé de trancher.
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Photo : Le ministre burundais des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et de la Coopération au développement, Édouard Bizimana, lors d’une prise de parole officielle. Un de ses tweets accusant le Qatar a été publiquement corrigé par la présidence burundaise. © DR
